Primes vs Salaires : une dérive qui fragilise les agent·es

Dans les CMA, une tendance s’installe de plus en plus clairement : au lieu d’augmenter les salaires de base des agent·es, la direction privilégie le recours aux primes, notamment les primes d’objectifs. Présentée comme un outil de reconnaissance ou de motivation, cette orientation masque une réalité simple : les salaires stagnent, et la rémunération devient de plus en plus variable.

Derrière cette logique, un mécanisme s’impose progressivement : remplacer des augmentations de salaire pérennes par des dispositifs conditionnels et réversibles. Or, une chose doit être rappelée avec force : les agent·es ne vivent pas avec des primes incertaines, ils et elles vivent avec leur salaire.

Le salaire : base indispensable de la reconnaissance du travail

Le salaire n’est pas un complément. Il est la reconnaissance normale, stable et contractuelle du travail des agent·es.

Il garantit :

  • un revenu régulier et prévisible chaque mois

  • la reconnaissance durable des compétences, du poste et de l’ancienneté

  • une base solide pour les droits sociaux (retraite, maladie, chômage)

En gelant ou en limitant les salaires de base, les CMA fragilisent directement cette stabilité. Une politique RH responsable devrait augmenter les salaires, pas les contourner par des primes.

Les primes : un outil de substitution aux augmentations de salaire

Les primes d’objectifs ou primes de sujétion sont de plus en plus utilisées comme un levier de compensation à la faiblesse salariale. Mais leur logique est profondément différente de celle du salaire.

Elles reposent sur :

  • des critères parfois flous ou changeants

  • des objectifs imposés et pas toujours maîtrisables

  • une rémunération non garantie d’une année sur l’autre

  • une possibilité de modulation ou de suppression

Dans les faits, cela revient à remplacer du salaire pérenne par du revenu variable et incertain. Une dérive inacceptable pour les agent·es.

Des conséquences concrètes lourdes pour les agent·es

Une retraite fragilisée

Le salaire de base est central dans la construction des droits retraite. En privilégiant les primes plutôt que les augmentations de salaire :

  • les cotisations progressent moins

  • les carrières sont moins bien valorisées

  • la pension future peut être réduite

Une protection sociale affaiblie

Les droits liés à la maladie, à la prévoyance ou à d’autres indemnités reposent largement sur le salaire.

La stagnation du salaire de base entraîne :

  • une progression limitée des droits sociaux

  • une dépendance accrue à des compléments incertains

  • une fragilisation globale de la protection des agent·es

Une insécurité financière permanente

Les agent·es ne peuvent pas construire leur vie sur des revenus instables :

  • incertitude sur le niveau réel de rémunération

  • difficulté à se projeter dans l’avenir

  • contraintes renforcées pour les projets personnels (logement, crédit, épargne)

Une mise sous pression et une individualisation du travail

La généralisation des primes d’objectifs introduit une logique nouvelle :

  • individualisation des performances

  • mise en concurrence des agent·es

  • pression permanente sur l’atteinte d’objectifs

Le travail n’est plus reconnu par le poste occupé, mais conditionné à des résultats variables. C’est une transformation profonde et inquiétante du rapport au travail dans les CMA.

Le cœur du problème : la stagnation organisée des salaires

Il faut le dire clairement : si les primes se multiplient, c’est parce que les salaires de base n’augmentent pas suffisamment.

Cette stagnation a des effets directs :

  • perte de pouvoir d’achat réel avec l’inflation

  • affaiblissement des droits sociaux

  • dépendance accrue à des compléments variables

Et surtout, elle permet de donner l’illusion d’une hausse de rémunération sans engager de revalorisation durable.

Les revendications sont claires

Face à cette situation, le SNCA-CGT porte des revendications simples, mais fondamentales :

  • Augmentation générale des salaires de base

  • Transparence totale sur les critères des primes existantes

  • Refus de la logique de substitution des primes aux augmentations salariales

Conclusion : du salaire, pas des primes

La situation à la CMA ne peut plus être maquillée derrière des dispositifs variables. Les agent·es ne demandent pas des compléments incertains ou conditionnels. Ils et elles demandent une chose simple et légitime : une augmentation réelle de leur salaire de base.

Car au-delà des discours, une évidence s’impose : le salaire protège, la prime fragilise.

Et une politique de rémunération juste ne peut pas reposer sur l’incertitude. Elle doit reposer sur la stabilité, la reconnaissance et la sécurité.




L’EVARS : un droit à l’éducation ignoré dans les CMA

Dans les CFA (Centres de Formation d’Apprenti·es) des CMA (Chambres de Métiers et de l’Artisanat), l’EVARS (Éducation à la Vie Affective, Relationnelle et à la Sexualité) reste un enjeu largement méconnu et pourtant essentiel. Entre ambitions pédagogiques affichées, attaques politiques et mise en œuvre très inégale sur le terrain, ce dispositif révèle les tensions profondes qui traversent aujourd’hui la formation professionnelle.

Une avancée éducative… déjà attaquée

L’EVARS a été introduite dans les programmes scolaires pour répondre à un besoin éducatif essentiel : permettre aux élèves et apprenti·es de comprendre les relations, le consentement, l’égalité, la prévention des violences et la construction de soi.

Ce programme s’inscrit dans une dynamique de santé publique et d’émancipation, visant à accompagner les jeunes dans leur vie personnelle comme dans leur parcours professionnel. Il repose sur des contenus éducatifs fondamentaux liés au respect, à l’égalité et à la prévention des violences*.

Mais très rapidement, l’EVARS est devenue une cible politique. L’extrême droite et une partie de ses relais idéologiques en ont fait un objet de polémique, alimentant des campagnes de désinformation et de rejet. Derrière ces attaques, c’est bien la place de l’éducation à l’égalité, à la prévention des violences sexistes et sexuelles et à l’émancipation des jeunes qui est contestée.

Des apprenti·es concerné·es au premier chef

Contrairement à une idée répandue, l’EVARS ne concerne pas uniquement l’Éducation nationale. Elle s’applique aussi aux CFA, notamment dans les diplômes professionnels comme les CAP et les baccalauréats professionnels.

Dans les CFA des CMA, les apprenti·es sont des jeunes en construction, souvent très tôt confronté·es au monde du travail, aux rapports hiérarchiques, aux stéréotypes de genre et parfois à des situations de discrimination et/ou de violence.

L’EVARS vise donc à leur donner des repères fondamentaux :

  • comprendre le consentement et les relations respectueuses,

  • identifier et prévenir les violences sexistes et sexuelles (VSS),

  • déconstruire les stéréotypes de genre dans les métiers,

  • favoriser un climat d’apprentissage sain et sécurisé.

Autant d’enjeux particulièrement cruciaux dans les formations professionnelles.

Dans les CMA : une mise en œuvre encore très inégale

Dans la réalité, la situation est déplorable. Dans de nombreux CFA des CMA, la mise en œuvre de l’EVARS est inexistante.

Par manque de moyens, de formation des équipes ou parfois de volonté locale, ces contenus sont souvent absents ou réduits à des interventions ponctuelles. Dans la plupart des établissements, les heures prévues (trois séances de deux heures chaque année) ne sont tout simplement pas assurées.

Le SNCA-CGT alerte sur les manquements constatés

Face à ces constats, le SNCA-CGT a alerté la direction de CMA France sur la situation.

Le syndicat rappelle que ces contenus ne sont pas optionnels : ils participent pleinement à la mission de service public de formation.

Il revendique une mise en œuvre réelle et harmonisée dans tous les CFA, des moyens dédiés pour former les équipes, ainsi qu’une reconnaissance du temps pédagogique nécessaire afin de garantir l’effectivité de ce droit éducatif.

Conclusion : une bataille éducative face aux offensives réactionnaires

La mise en œuvre de l’EVARS dans les CFA ne relève pas d’un simple ajustement pédagogique : elle s’inscrit dans une bataille plus large autour du sens de l’école et de la formation professionnelle.

Les attaques portées par l’extrême droite contre ces contenus ne sont pas anodines. Elles traduisent une volonté de réduire l’éducation à des savoirs strictement utilitaires, en écartant tout ce qui touche à l’égalité, à l’émancipation et à la prévention des violences.

Dans ce contexte, défendre l’EVARS, c’est défendre le droit des apprenti·es à être informé·es, protégé·es et accompagné·es dans leur construction personnelle et citoyenne. C’est aussi refuser une vision de la société où l’éducation serait vidée de sa dimension émancipatrice.

 

* Notons qu’il s’agit de la mise en œuvre tardive d’une loi adoptée il y a plus de vingt ans : celle-ci prévoyait trois séances annuelles d’éducation à la sexualité. Mais selon le Conseil économique, social et environnemental (Cese), moins de 15 % des élèves en bénéficiaient, faute de formation des enseignants et de directives nationales claires.




Résister à l’extrême droite jusque dans les salles de classe

Les 29 et 30 janvier derniers, la CGT et la FSU organisaient un colloque : L’extrême droite et l’école.

Nous pourrions ressortir de ces deux jours accablé·es, découragé·es et désabusé·es tant les attaques de l’extrême droite se font de plus en plus vives et violentes. Pas seulement dans les rues comme à Lyon et ailleurs, ou sur les plateaux télé acquis à leur cause (même sur France Info !). Pas non plus dans la perméabilité de leurs idées à droite et au centre. Sur ce dernier point, nous ne saurons que trop vous recommander d’aller voir du côté de l’intervenant Pierre Sauvêtre, qui a rappelé que l’extrême droite et le néolibéralisme ont le même substrat — l’inégalité — et le même ennemi : la gauche.

Tout cela serait déjà bien suffisant pour nous effrayer. Mais pour nous, enseignant·es, c’est aussi notre métier qui est attaqué. Le fondement même de ce qui nous pousse à nous présenter devant des élèves. Pour nous, professeur·es de CFA, plus particulièrement devant des apprenti·es, il s’agit de partager nos quelques connaissances et trucs et astuces, pour qu’ils et elles aient quelques billes pour s’en sortir du mieux qu’ils et elles peuvent dans ce monde capitaliste qui les broie déjà, elleux qui ont déjà les deux pieds dans les entreprises.

L’école et l’apprentissage face à la poussée de l’extrême droite

Le projet de l’extrême droite pour l’école, et par extension pour l’apprentissage, est très clair : les mettre au pas ! Non pas les former mais les formater ! En faire des travailleur·euses serviles et malléables.

Pour cela, Mélanie Fabre nous a rappelé le programme que l’extrême droite rêve de mettre en place : faire aimer la France (contre les autres) en la ramenant à une supposée gloire passée. L’extrême droite ne laissera pas le choix de la méthode aux enseignant·es : un pupitre et des élèves bien rangé·es auxquelles il faut remplir le crâne nécessairement vide. Et bien évidemment, la réécriture des manuels scolaires comme l’a rappelé Jérôme Beauvisage — ce qui se passe déjà aux États-Unis.

Rappelons aussi que l’extrême droite est élitiste par définition. Paul Devin nous a conté les folles envies de cette dernière : mettre en place un concours d’entrée au collège. Bourdieu n’a qu’à bien se tenir : les « meilleur·es » seront ainsi sélectionné·es. Et les autres ? Tant pis pour elleux. Elles et ils feront, au mieux, de bon·nes apprenti·es dès 12 ans.

Former ou formater ?

À quoi bon avoir un esprit critique, une capacité de réflexion et de jugement ? À quoi sert de se poser des questions et de ne pas prendre pour argent comptant ce que quelques personnes influentes peuvent dire ?

Ne parlons même pas de l’EVARS (Éducation à la Vie Affective et Relationnelle et à la Sexualité) ! Ce chiffon rouge de la droite traditionnelle et de l’extrême droite. Nous aurions des raisons de nous réjouir que ces sujets soient enfin entrés dans les programmes (non sans mal, ça effraie le bourgeois quand même !). La joie est de courte durée : l’EVARS est la nouvelle croisade de l’extrême droite et, paradoxalement, son cheval de Troie pour entrer dans les écoles (SOS Éducation, par exemple, pouvant être invitée à intervenir dans les écoles primaires).

Pour enfoncer le clou, n’oublions pas que les idées de l’extrême droite se retrouvent aussi dans la salle des profs. Rarement frontalement, mais dans les discours, les petites phrases, les attitudes des un·es et des autres. Certes, il est de bon ton d’être antiraciste, « gay-friendly » (mais transphobe, cela passe encore trop souvent), de prôner l’égalité. Mais nous ne sommes pas à l’abri, toutes et tous autant que nous sommes, d’avoir intégré des biais, des expressions, des habitudes.

Résister par l’émancipation et la pédagogie

Le tableau est sombre et l’avenir ne promet pas des jours heureux. C’est vrai. Il y a pourtant des raisons de ne pas se décourager. Il y a même des raisons de se réjouir. Nous ne sommes pas seul·es ! Et cela, déjà, est réjouissant. Nous pouvons compter sur les autres, agir ensemble et inventer des façons de résister collectivement.

Et au-delà de cela, nous sommes enseignant·es ! Notre cœur à gauche nous pousse à vouloir l’émancipation des jeunes qui partagent des heures avec nous. Pas les dresser, pas les enrôler, mais bien leur donner de quoi vivre dans un monde féroce. Il ne s’agit pas de sous-estimer l’influence de l’extrême droite dans les têtes de nos apprenti·es, d’autant plus qu’ils et elles sont des cibles de choix pour elle.

Résister à l’extrême droite et à la diffusion de ses idées, cela ne passe pas uniquement par la démonstration de force dans la rue, l’argumentaire étayé face aux collègues ou la belle phrase qui cloue le bec. Résister à l’extrême droite, c’est aussi dévoyer voire saboter le projet uniformisant des programmes scolaires.

Résister à l’extrême droite, c’est d’abord et avant tout, pour nous enseignant·es de gauche, enseigner avec de la considération pour les jeunes et les accompagner vers l’émancipation.




Le SNCA-CGT réaffirme son identité combative lors de son congrès 2026

Du 5 au 7 mai 2026, le SNCA-CGT a tenu son congrès au CCAS de Saint-Cyprien. Pendant trois jours, quarante congressistes venu·es de toute la France, salarié·es des Chambres de Métiers et de l’Artisanat (CMA), ont débattu, confronté leurs analyses et construit les orientations du syndicat pour les trois prochaines années.

Moment central de la démocratie syndicale au sein de la CGT, le congrès permet aux adhérent·es de porter leurs revendications et faire entendre leur voix par l’intermédiaire de leurs délégué·es. C’est le lieu où se discutent les bilans, les orientations et les revendications qui guideront l’organisation pour la mandature à venir.

Une feuille de route pour 2026-2029

Dans un contexte de crise du service public, de restructurations permanentes et de marchandisation accélérée, ce congrès avait une tonalité particulière : celle de la résistance.

Le congrès 2026 s’est également tenu dans un contexte politique lourd. Entre banalisation des idées d’extrême droite et répression syndicale, les congressistes ont réaffirmé leur attachement à une société égalitaire, démocratique et solidaire. La CGT ne se limite pas à la défense des conditions de travail : elle porte aussi un projet de société fondé sur l’émancipation, l’égalité et la justice sociale.

Tout au long de la semaine, les congressistes ont débattu et voté les rapports d’activité et financier du syndicat avant d’adopter plusieurs résolutions qui constitueront la feuille de route de la mandature 2026-2029.

Défendre les CMA face à la privatisation rampante

Lors de ces échanges, le SNCA CGT s’est engagé à lutter contre la privatisation du service public rendu aux artisan·es : création, développement et transmission d’entreprises.

Le congrès a ainsi dénoncé des politiques qui fragilisent les personnels tout en dégradant l’accompagnement des artisan·es.

Refaire de l’apprentissage une mission de service public

Autre sujet majeur : les CFA et l’avenir de l’apprentissage. Le SNCA-CGT continue de porter une ligne claire : sortir la formation professionnelle des logiques de marché.

Face à la multiplication des structures privées, le syndicat milite pour replacer l’apprentissage dans le cadre d’un véritable service public, avec un financement pérenne et une priorité donnée à la qualité pédagogique plutôt qu’à la rentabilité.

Des échanges fraternels avec les organisations invitées

Le congrès a accueilli plusieurs invité·es dont les interventions ont nourri les débats.

Patricia J., de la CGT-CCI, Barbara D., de la CGT-EP, ainsi que Nicola R., de l’UD66, ont partagé leurs analyses sur les enjeux des luttes à venir lors d’échanges particulièrement riches.

Le SNCA-CGT a également reçu le soutien de sa fédération, la FERC-CGT, représentée par Charlotte V., secrétaire générale, et Yannick B., référent formation professionnelle. Tout·es deux ont adressé des paroles encourageantes et soutenu les orientations du SNCA-CGT.

Une séquence d’émotion et de transmission

Le congrès a aussi été marqué par plusieurs moments particulièrement émouvants.

Didier S., secrétaire général du SNCA-CGT de 2011 à 2015, a fait l’honneur de venir saluer les congressistes. Avec des mots profondément sincères, il a rappelé la genèse du syndicat et l’importance de la solidarité militante. Une intervention qui a bouleversé une salle parfois au bord des larmes.

L’émotion était également palpable lors des hommages à celles et ceux qui quittent la Commission Exécutive Nationale (CEN) ou la Commission Financière de Contrôle (CFC) : Guy D., Robert B., Patrick D., ancien secrétaire général, Yann N., Isabelle E. et Pierrette B. Tout·es ont tenu à remercier l’équipe arrivée lors de la précédente mandature et à transmettre le relais à une nouvelle génération militante.

Une nouvelle direction représentative et renouvelée

Le congrès a procédé au renouvellement de la CEN qui est quasi paritaire femmes-hommes, comprend autant d’administratif·ves que de professeur·es, et avec un nombre représentatif de non-cadres.

Parmi les membres reconduit·es figurent Sylvain C.B., réélu secrétaire général, Cédric D., réélu trésorier administrateur, ainsi que Simon T., Isabelle B., Sébastien D. et Elsa S.

Trois nouveaux membres rejoignent également la direction nationale : Cyril D., Séverine D. et Marion B.

La CFC a elle aussi été renouvelée avec l’arrivée d’Antoine C., aux côtés de Guillaume L. et Delphine L.G., réélu·es.

Conclusion

À Saint-Cyprien, le SNCA-CGT n’a pas seulement tenu un congrès statutaire. Il a réaffirmé une conviction : face à la marchandisation croissante des services publics et de la formation, le collectif et la solidarité restent des armes essentielles.




Focus sur l’apprentissage en CMA PDL, l’exemple à ne pas suivre

La CMA des Pays de la Loire est celle présidée par M. Fourny, également président de CMA France. À ce titre, elle devrait être exemplaire, montrer la voie, incarner un modèle à suivre pour l’ensemble du réseau.

Si ce qui nous a été présenté en plénières des CFA constitue réellement cette “exemplarité”, alors il y a de quoi être profondément inquiet.

Une chose est claire : ce qui nous a été présenté n’est pas un projet, c’est un plan de destruction organisé de nos conditions de travail, de la qualité de nos formations et, à terme, de l’existence même de nos établissements.

Ceci alors même que les derniers comptes indiquent que la CMA des PdL présente un bénéfice de plus de 5 millions, et 50 millions pour le réseau des CMA.

Des choix fondés sur des données contestables

Prenons un exemple concret : le NPEC* de la CS Employé Traiteur est annoncé en hausse d’environ 10 %, et pourtant cette formation est fermée à Angers dès la rentrée.

La décision était donc prise indépendamment des réalités économiques avancées. Cela en dit long sur la sincérité des arguments présentés.

Pire encore, la direction refuse toujours de travailler conjointement avec les organisations syndicales pour défendre des niveaux de financement à la hauteur des besoins, notamment en refusant de partager sa comptabilité analytique et les clés de répartition.

Une comptabilité dont on peut légitimement s’interroger sur la fiabilité tant elle semble parfois se construire au doigt mouillé, avec des conséquences aujourd’hui dramatiques pour les agent·es.

Soyons lucides : la situation actuelle est aussi le fruit de plusieurs années de choix contestables et de gestion défaillante.

Et comme trop souvent, ce sont les agent·es et les usager·es qui paient les pots cassés en bout de course.

Une dégradation assumée de la qualité de formation

Les mesures annoncées relèvent d’une logique purement comptable, totalement déconnectée de la réalité pédagogique :

  • et même l’idée d’un enseignant·e pour gérer 100 jeunes en individualisation.

Comment garantir une formation de qualité dans des conditions matérielles durablement dégradées ?

Comment maintenir la sécurité et l’exigence professionnelle avec des effectifs accrus en atelier ?

Soyons clairs : c’est une aberration pédagogique totale.

Dans le même esprit, la mise en place du CCF (contrôle en cours de formation) sans préparation ni consultation des équipes pédagogiques illustre une nouvelle fois le mépris affiché pour les personnels et leur expertise.

pour le second degré – soit des publics d’âges comparables à ceux de nos apprentis – font état d’une diminution d’environ 10 % des effectifs entre 2023 et 2035 (de 5,66 à 4,88 millions d’élèves).

Concrètement, cela signifie qu’une classe de 10, 20 ou 30 apprenant·es passerait à 9, 18 ou 27. Est-ce réellement sur cette base que l’on prétend aujourd’hui supprimer des postes d’enseignant·es et dégrader nos conditions de formation ?

Ces choix vont détruire la qualité de nos formations. Ils vont rompre avec tout ce que nous avons construit pour raccrocher des jeunes souvent en difficulté avec le système scolaire classique. Les CFA n’ont pas eu de résultats en copiant ce qui ne fonctionne pas dans d’autres établissements, mais bien en proposant une formation adaptée à son public.

Demain, les artisan·es ne nous feront plus confiance et n’enverront plus leurs apprenti·es dans des structures incapables de garantir un apprentissage sérieux.

C’est un retour en arrière brutal, une remise en cause de nos pratiques, de notre expertise, et du sens même de nos métiers.

Des conséquences humaines ignorées

Si c’est cette vision de l’apprentissage qui est portée par nos dirigeant·es auprès des ministères, alors il ne faut pas s’étonner du manque de financements : on organise nous-mêmes la dévalorisation de notre modèle. Ce qui est en train de se dessiner, ni plus ni moins, c’est la mise à mort des CMA.

Ajoutons à cela une incohérence majeure : les NPEC étant calculés sur une moyenne des coûts des CFA, chercher à baisser nos coûts revient mécaniquement à tirer tout le système vers le bas.
Ce qu’il faudrait faire, au contraire, c’est
affirmer et démontrer le coût réel de la qualité, pas organiser son abandon.

Les conséquences sont déjà visibles :

  • et une absence totale d’information des agent·es concernés, ce qui constitue un profond manque de respect.

Il est également choquant de voir que des décisions d’une telle ampleur sont annoncées en plénière, pour la plupart des territoires, juste avant les congés des enseignant·es, principaux·ales concerné·es. Une telle méthode est non seulement brutale, mais profondément lâche, surtout lorsqu’elle est portée par des managers incapables de justifier clairement les décisions prises.

Dans le même temps, ces mêmes managers, jouant sur les mots, se permettent d’affirmer que ne pas renouveler des CDD ne constitue pas une suppression de postes.

Une telle affirmation en dit long sur le mépris affiché à l’égard des agent·es en CDD, qui représentent pourtant plus de 30 % des effectifs, mais aussi sur le peu de considération pour les collègues concerné·es, qui, eux, ne seront tout simplement plus là à la rentrée.

Depuis des années, les conditions de travail se dégradent : matériel vieillissant, désorganisation, injonction permanente à faire plus avec moins, remplacement non effectué des départs…

Individuellement, chacun trouve des solutions pour sauver les meubles. Mais collectivement, nous sommes en train de nous habituer à ces dysfonctionnements et à leur aggravation, comme des grenouilles dans une eau qui chauffe lentement jusqu’à ébullition.

Depuis plusieurs années, les professeur·es sont particulièrement ciblés par ces politiques d’optimisation. Leur charge de travail ne cesse d’augmenter : multiplication des tâches, adaptations permanentes, missions supplémentaires… autant d’exigences qui ne sont ni comptabilisées ni reconnues, et encore moins compensées financièrement.

Cette accumulation progressive, invisible dans les tableaux mais bien réelle dans le quotidien des agent·es, contribue à une dégradation continue des conditions de travail et à une perte de sens du métier.

L’heure de choisir : subir ou agir ?

À ce stade, nous interpellons directement les élu·es artisan·es. Vous êtes les décideur·euses. Vous êtes censés représenter les artisan·es et défendre leurs intérêts.

Est-ce réellement ainsi que vous souhaitez que vos apprenti·es soient formés ? Pensez-vous que des ateliers surchargés, des moyens réduits et des formations dégradées correspondent aux attentes de vos ressortissant·es ? Est-ce cela que les artisan·es demandent ? N’êtes-vous pas, au contraire, en train de trahir les artisan·es que vous représentez ?

Et surtout : quand allez-vous réagir ?

Face à cela, une question se pose aussi en interne : que penser de ceux qui mettent en œuvre ces décisions ? Et que penser de ceux qui, en ayant conscience des conséquences, choisissent de se taire ? Laisser faire, n’est-ce pas déjà collaborer ?

Aujourd’hui, tout donne le sentiment d’une direction qui navigue à vue, sans cap clair, et qui semble avoir choisi d’emmener son navire droit vers le naufrage.

Le SNCA-CGT, s’il ne se permet pas de qualifier ces orientations de profondément stupides, s’interroge néanmoins très sérieusement sur leur cohérence, leur rationalité et leur finalité.

Nous refusons de voir nos métiers dévalorisés, nos formations dégradées et nos établissements sacrifiés.
Nous refusons que l’apprentissage devienne une variable d’ajustement budgétaire.

Nous appelons l’ensemble des personnels à ne pas rester spectateur·rices de cette dérive, à ne pas collaborer.

  • Combien de plans sociaux allons-nous laisser passer ?

  • Combien de collègues allons-nous laisser se faire évincer sans réagir ?

À destination des artisan·es, des managers et des collègues : ne rien faire serait lâche. Ne rien dire, c’est cautionner.

Il est encore temps de refuser cette logique et de se mobiliser pour défendre :

  • la qualité de nos formations,

  • le respect de nos métiers,

  • les postes de professeur·es menacés,

  • et l’avenir même de nos établissements.

Former en apprentissage, cela mérite des moyens, du respect et une vision.

 

 

*Le montant forfaitaire versé pour financer une formation en apprentissage, par apprenti et par an (ou au prorata de la durée du contrat).




Apprentissage : suppressions d’emplois et fermetures de formations dans les CFA des CMA

Les Chambres de Métiers et de l’Artisanat sont confrontées à une dégradation rapide du financement de l’apprentissage. Dans plusieurs régions, les conséquences sont déjà visibles : suppressions de postes, fermetures de formations et remise en cause de l’accès des jeunes aux métiers, notamment dans les territoires ruraux. Dans les Hauts-de-France, un plan de réduction d’effectifs prévoit déjà une baisse de plus de 260 postes (plus de 22 % du personnel) en quelques années.

1. Les NPEC 2026 proposés par France Compétences : une avancée insuffisante

Alors que France Compétences s’apprête à entériner les niveaux de prise en charge (NPEC) recommandés aux branches, voici l’analyse globale que nous pouvons établir au vu des différentes remontées, qui restent partielles.

Dans les formations dispensées dans nos CFA, entre 75 et 80 % des valeurs recommandées sont supérieures aux NPEC actuels. C’est une bonne nouvelle et cela montre qu’un effort réel est consenti sur les niveaux 3 et 4, conformément à nos revendications et aux engagements pris par le ministère lors de la négociation d’avril 2025.

Cependant, cela ne suffit pas à rattraper les baisses de NPEC de 2022 et 2023. Pour y parvenir, il aurait fallu que la valeur soit égale au coût moyen constaté sur 2024 majoré de +6 % en moyenne. La diminution de 8 % des NPEC pour les formations de niveaux 3 et 4 décidée en septembre 2023 avait déjà entraîné une perte de 20 millions d’euros de marges pour l’ensemble des 150 CFA des CMA, faisant basculer leur activité dans le rouge.

2. Des formations à fort effectif pénalisées : un danger immédiat pour le réseau

Les plus mauvaises nouvelles concernent certaines formations à fort effectif, dont la valeur recommandée est inférieure aux NPEC actuelles. Ces cas vont pénaliser considérablement l’ensemble du réseau. Sont notamment concernés :

  • Le CAP Maintenance des véhicules
  • Le Bac Pro Maintenance des véhicules

  • Le CAP Équipier polyvalent du commerce
  • Le Bac Pro Métiers du commerce et de la vente

  • Le CAP Commercialisation et service en hôtel-café-restaurant

Ces formations représentent une part importante des effectifs de nos CFA. Une valeur de NPEC inférieure au niveau actuel y creuse directement le déficit structurel.

3. Les formations à faibles effectifs et les métiers rares : une menace existentielle

Au-delà des formations à fort effectif, les effets délétères sur les formations à faible effectif restent entiers. Ces formations sont les premières victimes d’une logique de rentabilité immédiate, alors même qu’elles sont souvent essentielles pour l’économie et pour la transmission des savoir-faire.

Le cas de la maréchalerie ferrante en est l’illustration la plus frappante. En trente ans, le nombre de chevaux en France a doublé. L’équitation est aujourd’hui le troisième sport national. Pourtant, il ne reste plus que neuf centres en France préparant au CAP maréchalerie, et quatre seulement pour le Brevet Technique des Métiers. Dans les Hauts-de-France, le centre de Beauvais fermera sa formation à la rentrée prochaine.

Même avec près de 1 500 euros supplémentaires par rapport au NPEC actuel, le CTM maréchalerie reste en effet difficilement « rentable » sans aide complémentaire. Concrètement, avec la fermeture de cette formation, les jeunes de Beauvais devront effectuer jusqu’à six heures de transport en commun pour se former en Normandie, ou se tourner vers une Maison Familiale Rurale située à près de quatre heures de route. Ces jeunes n’ont souvent ni les moyens financiers ni les possibilités matérielles de se déplacer aussi loin. La seule alternative proposée est parfois la formation à distance, ce qui n’a aucun sens pour des métiers aussi physiques et techniques.

La même menace pèse sur les métiers d’art, qui jouent pourtant un rôle culturel et patrimonial majeur : ces formations constituent un véritable conservatoire de savoir-faire essentiels au prestige artisanal de la France, et par extension à son attractivité touristique.

Certaines de ces formations comme celle d’horloger subissent en plus une forte diminution de leur NPEC. On observe déjà la disparition de formations comme la poissonnerie dans de nombreux territoires, ou les spécialités liées à la restauration de véhicules anciens, faute de rentabilité. Au-delà de la régression de l’offre de formation, c’est à terme la fin du maintien des compétences artisanales de notre pays. A quelques jours des journées européennes des Métiers d’Art dont Emmanuel Macron se targue d’exercer le patronage, son gouvernement à travers France Compétences s’apprête à signer l’arrêt de mort de ces professions.

4. Les DROM et les territoires ruraux : des angles morts persistants

La situation alarmante des CFA ultramarins

La situation est encore plus préoccupante dans les territoires ultramarins. Plusieurs CFA y fonctionnent aujourd’hui avec des moyens extrêmement réduits, dans un contexte marqué par le coût élevé de la vie et par des difficultés économiques structurelles.

Les besoins en financement y sont pourtant clairement identifiés. Des travaux menés par la DGEFP ont montré qu’un niveau de financement supérieur d’environ 10 % serait nécessaire pour permettre aux centres de fonctionner dans des conditions normales.

Dans certains territoires, comme en Guadeloupe, une situation particulière aggrave encore les difficultés : de nombreux employeurs ne sont pas signataires des conventions collectives, ce qui limite les niveaux de prise en charge des formations au coût plancher. Ces anomalies auraient dû être réglées dans le cadre du dialogue social, mais elles pénalisent aujourd’hui directement les CFA et les jeunes en formation.

La situation ultramarine ne doit pas être traitée comme une exception marginale. Elle révèle au contraire les limites d’un système de financement qui ne tient pas suffisamment compte des réalités économiques et territoriales.

Il n’existe toujours pas de solution pour les CFA des DROM. Ces territoires cumulent des coûts structurellement plus élevés — de l’ordre de +10 % en moyenne selon la DGEFP — avec des effectifs souvent limités. Si aucune solution adaptée n’est trouvée, le gouvernement devra engager sa responsabilité sur la fin de l’offre de formation professionnelle dans ces territoires.

Le même constat s’impose pour les territoires ruraux. L’exemple de l’Aisne, déjà cité l’an passé lors des échanges au ministère, reste d’actualité. Dans les Hauts-de-France, plusieurs CFA sont en suspens, notamment à Château-Thierry et à Compiègne, sur un réseau qui compte une vingtaine de centres. Près de 48 % des apprentis du réseau CMA sont mineurs, souvent peu mobiles, et la suppression de certaines aides à la mobilité comme l’aide au permis aggrave encore leur situation.

5. Un système sous-financé structurellement, malgré la rentabilité prouvée de l’apprentissage

Cette situation est d’autant plus paradoxale que l’apprentissage est rentable pour les finances publiques. Les études montrent qu’un euro investi dans l’apprentissage génère environ 1,09 euro de retour pour l’État : les contrats d’apprentissage génèrent des cotisations sociales et patronales, l’alternance évite des dépenses sociales liées au chômage et à l’inactivité, et les apprentis alimentent les finances publiques via la TVA sur leurs achats. Malgré cela, France Compétences reste structurellement sous-financé, ce qui conduit régulièrement à des baisses administratives des financements.

Le financement des CFA repose désormais à près de 98 % sur les NPEC. Les contributions complémentaires des régions diminuent chaque année en raison de la baisse globale de leurs dotations, et les marges de manœuvre territoriales qui permettaient autrefois de maintenir certaines formations nécessaires ont été fortement réduites.

Par ailleurs, la libéralisation du secteur a favorisé l’émergence d’organismes privés proposant des formations parfois entièrement à distance, avec des moyens pédagogiques limités. Les centres d’examen constatent l’arrivée de candidats insuffisamment formés. Lorsque ces structures disparaissent, ce sont les établissements publics ou consulaires qui doivent reprendre gratuitement les apprentis abandonnés.

Se pose également la question de la prise en compte des investissements matériels dans le calcul des NPEC. Il ne s’agit pas seulement des achats de consommables pédagogiques liés aux filières professionnelles, mais bien des équipements lourds — machines, outillages, matériels techniques. Initialement, ces investissements devaient être couverts par les NPEC, et c’était effectivement le cas dans les premières versions, selon les diplômes et titres concernés. Mais les quatre baisses successives ont rendu cette couverture largement théorique. Aujourd’hui, seules les filières disposant de volumes d’apprentis très importants peuvent, par l’effet du volume, dégager une fraction des NPEC suffisante pour financer quelques équipements.

Il conviendrait d’ajouter le coût des matières d’œuvre pour les examens dans les CFA qui font office de centre d’examen. Ces frais ne sont remboursés qu’à hauteur de moins de 10 % par l’Éducation nationale, et ne font l’objet d’aucun remboursement de la part des autres certificateurs — comme le ministère du Travail pour les titres professionnels. Ces charges, pourtant directement liées à la certification des apprentis, pèsent donc presque intégralement sur les CFA, sans que les financements publics en tiennent compte.

Rétablir un véritable contrôle public de l’apprentissage

Face à la multiplication d’offres de formation de qualité très inégale, il est indispensable de rétablir un véritable contrôle public de l’apprentissage.

Nous demandons notamment le rétablissement d’une inspection de l’apprentissage dotée de moyens réels, afin de garantir la qualité des formations, le respect des règles pédagogiques et la sécurité des apprentis.

Il est également indispensable de rendre obligatoire la formation des maîtres d’apprentissage, afin de garantir un accompagnement pédagogique de qualité pour les jeunes en entreprise.

Ces formations doivent être organisées par des organismes publics, afin de garantir leur indépendance et leur qualité pédagogique.

L’apprentissage ne peut pas reposer uniquement sur la bonne volonté des entreprises. Former un apprenti est une responsabilité qui exige des compétences pédagogiques et un encadrement adapté.

Garantir la qualité de la formation des maîtres d’apprentissage est donc une condition essentielle pour assurer la réussite des jeunes et la transmission des savoir-faire.

6. Les revendications de la CGT

Face à cette situation, la CGT demande que le financement des formations repose sur des données économiques réelles, vérifiables et opposables, permettant de couvrir les coûts pédagogiques réels. Les niveaux de prise en charge doivent être modulés en fonction de critères qualitatifs, notamment :

  • Les coûts réels des formations et des examens

  • La présence de plateaux techniques et des investissements réguliers qui doivent les accompagner
  • Enfin, l’argent public destiné à former les jeunes ne doit pas servir à verser des dividendes. La CGT demande l’interdiction du versement de dividendes dans les organismes de formation financés par des fonds publics ou mutualisés.

    L’apprentissage ne peut pas devenir un terrain de spéculation pour des marchands de formation. Il constitue un pilier de la formation initiale et un outil essentiel pour l’avenir des jeunes et pour la transmission des métiers.




Lettre ouverte du SNCA-CGT au Président de la République

Monsieur le Président,

La réforme de 2018 et ses effets : vous le saviez

Un double discours qui a un coût

Pour le Bureau National SNCA CGT,

Son secrétaire Général,

Sylvain CHALLAN BELVAL




Austérité salariale, surdité sociale et renoncements politiques

Un réseau sacrifié, des personnels à bout, des apprentis abandonnés

À l’ouverture de la CPN52 du 22 janvier 2026, le SNCA-CGT a dressé un constat sans appel : la situation salariale des personnels des Chambres de Métiers et de l’Artisanat est devenue intenable. Depuis plus de quinze ans, les salaires stagnent. Les rares revalorisations consenties ne compensent en rien l’inflation réellement subie par les agent·es. Le pouvoir d’achat recule durablement, pour toutes les catégories de personnels, et la perte n’est plus conjoncturelle mais bien structurelle.

Le dernier mécanisme de protection collective, la GIPA, est aujourd’hui rendu inaccessible à une large part des agent·es. Cette situation est d’autant plus insupportable que le réseau refuse obstinément d’investir dans les salaires, y compris lorsque ses résultats financiers le permettraient. Lorsque l’on affiche près de 50 millions d’euros de bénéfices mais que l’on refuse d’engager 4 millions pour la GIPA, il ne faut pas s’étonner que l’État considère ces marges comme une variable d’ajustement budgétaire.

notre onzième “radio moquette”, qui pointait déjà la logique à l’œuvre : quand un réseau accumule des excédents sans les redistribuer aux personnels, l’État finit par se servir dans la caisse.

Face à ce blocage salarial persistant, on aurait pu espérer de nos employeurs une ouverture, même minimale, sur le terrain social. Il n’en est rien. Certes, un geste ciblé a été consenti en direction des jeunes mères, mais il ne saurait masquer une réalité plus large : le statut du personnel demeure, sur de nombreux points, profondément rétrograde. Le refus catégorique d’ouvrir un débat sur la création d’un congé hormonal en est une illustration emblématique. Refuser d’en discuter, dans un réseau où les femmes sont très majoritaires, revient à nier la réalité biologique, les enjeux de santé au travail et la nécessaire modernisation du statut.

Dans le même temps, pour nos directions régionales ce statut semble décidément bien trop protecteur puisqu’elles en bafouent ouvertement l’esprit, notamment son article 2 sur les l’encadrement de l’usage des CDD et CDI. La précarité est devenue un mode de gestion assumé. Dans certaines régions, comme les Pays de la Loire, des responsables reconnaissent viser un taux de 50 % de titulaires dans les CFA. Ailleurs, en Centre-Val de Loire, des agent·es ayant plus de vingt ans d’ancienneté se voient refuser toute titularisation au motif de leur prétendue “spécialisation”. Ces pratiques perdurent alors même que le cabinet Mazars a identifié le turn-over et l’épuisement des personnels comme l’une des principales faiblesses du réseau. Aucune action corrective d’ampleur n’a pourtant été engagée.

Cette surdité sociale s’inscrit dans un contexte général de dégradation continue des conditions de travail. Les situations de souffrance se multiplient, les risques psychosociaux explosent et les alertes restent sans réponse structurelle. Les personnels font face à une charge de travail excessive, à des responsabilités accrues, à une pression constante, sans moyens ni sécurisation des missions. La responsabilité de l’employeur est ici pleinement engagée.

Les exemples sont nombreux. Les agent·es chargé·es de la gestion des examens taxis subissent, comme les usager·es, l’abandon progressif de cette mission par les CMA et par l’État, au motif implicite de sa non-rentabilité. Les professeur·es des CFA voient leurs conditions de travail se dégrader année après année : multiplication des missions annexes sans cadre ni reconnaissance, accueil croissant de publics en situation de handicap sans formation ni moyens adaptés, absence d’appui institutionnel. Ces choix mettent en difficulté les personnels comme les jeunes accueilli·es, et constituent un reniement des valeurs affichées du réseau.

Les apprenti·es, pourtant présentés comme l’avenir de l’artisanat, sont aujourd’hui les grands oublié·es. La qualité des formations se dégrade : réduction des moyens pour les travaux pratiques, absence d’exigence de diplômes pour les enseignant·es, non-application effective de l’Éducation à la Vie Affective, Relationnelle et Sexuelle (EVARS) pourtant inscrite dans les référentiels, manque criant de moyens pour les apprentis en situation de handicap. Ces constats sont connus, documentés, notamment dans les CESER, et pourtant ignorés.

À cela s’ajoute une gestion profondément défaillante des situations de violences subies par des apprentis en entreprise. Des cas graves ont été signalés, y compris dans des entreprises détenues par des élu·es consulaires, notamment en Alsace. La question est simple et reste sans réponse : quelle politique nationale de protection des apprenti·es porte réellement CMA France ?

Enfin, la responsabilité de l’État ne peut être éludée. La marchandisation de l’apprentissage, issue de la réforme de 2018, a supprimé les derniers garde-fous, mis en concurrence les structures, fragilisé l’offre de formation et dégradé la qualité pédagogique. On ne construit pas une formation professionnelle de qualité avec des personnels précarisés et des financements en baisse. L’inertie de la tutelle, notamment face à des situations alarmantes comme en Guyane, où les irrégularités statutaires persistent dans un contexte social dégradé, est inacceptable.

Le SNCA-CGT le réaffirme avec force : les personnels des CMA ne peuvent plus attendre. Ils attendent des actes, des engagements clairs et des inflexions réelles. Les constats sont connus. Les responsabilités sont identifiées. Il est temps que l’État et les employeurs assument pleinement leurs choix et leurs conséquences.




Congé menstruel : une mesure de santé au travail, d’égalité et de dignité

Depuis plusieurs années, le SNCA-CGT porte la nécessité de mieux prendre en compte la santé des agentes au travail. La proposition d’instauration d’une autorisation spéciale d’absence dite « congé menstruel » s’inscrit pleinement dans cette démarche. Elle ne relève ni d’un privilège, ni d’un confort individuel, mais d’une mesure de santé au travail, fondée sur des réalités médicales documentées et sur des expériences déjà mises en œuvre dans plusieurs administrations et collectivités.

Une réalité médicale largement documentée

Aujourd’hui, en France, aucun cadre légal ne permet aux femmes de s’absenter de leur travail sans perte de salaire lorsqu’elles souffrent de règles douloureuses ou de symptômes menstruels invalidants. Pourtant, la réalité est connue et largement documentée.

Une vaste étude menée par une équipe de recherche associant notamment l’Inserm, portant sur plus de 21 000 femmes âgées de 18 à 49 ans, montre que près de 90 % des femmes menstruées souffrent de dysménorrhée, c’est-à-dire de douleurs pendant les règles. Parmi elles, environ 40 % présentent des douleurs modérées à sévères, susceptibles de rendre difficile, voire impossible, l’exercice d’une activité professionnelle en présentiel.

Contrairement aux idées reçues, il ne s’agit donc pas de situations marginales ou exceptionnelles, mais d’un phénomène massif, longtemps invisibilisé et banalisé, au détriment de la santé des femmes.

Une revendication qui s’inscrit dans un mouvement plus large

La question du congé menstruel n’est ni nouvelle ni isolée. Elle est aujourd’hui débattue au niveau national et international. En France, la proposition de loi n°1219 relative à la santé menstruelle prévoit la possibilité de deux jours d’arrêt de travail par mois pour les femmes souffrant de règles invalidantes. Cette proposition vise à offrir un droit, non une obligation, à celles qui en ont besoin.

De nombreux pays disposent de ce droit depuis la fin des années 40 (Japon, Corée du Sud, Taiwan, Indonésie, Zambie…), mais en Europe ce n’est qu’en février 2023 que l’Espagne est devenue le premier pays à reconnaître légalement un congé menstruel, suivie du Portugal deux ans plus tard.

En France, plusieurs collectivités territoriales et établissements publics ont déjà franchi le pas : la ville de Saint-Ouen, la métropole de Lyon, mais aussi des organismes de recherche comme l’Inserm. Ces dispositifs démontrent qu’il est possible de concilier santé au travail, continuité du service public et respect des agentes.

Loin d’être un frein, ces mesures constituent au contraire des outils modernes, attractifs et adaptés aux réalités du travail aujourd’hui.

Une mesure de santé au travail, pas un privilège

Le congé menstruel tel que nous le proposons repose sur des principes clairs et encadrés. Il s’agit d’une autorisation spéciale d’absence (ASA), avec maintien intégral de la rémunération, ouverte aux titulaires, contractuelles, alternantes et stagiaires, sans condition d’ancienneté.

Sont concernées :

  • les personnes souffrant de menstruations incapacitantes,

  • les personnes confrontées à des symptômes liés à la périménopause ou à la ménopause,

  • les personnes pour lesquelles les douleurs rendent difficile ou impossible le travail en présentiel.

L’accès à cette ASA est conditionné à la présentation d’un certificat médical, délivré par le médecin traitant ou le médecin de prévention, renouvelable annuellement. Les modalités prévues garantissent à la fois le respect du secret médical et la confidentialité vis-à-vis de la hiérarchie.

La proposition prévoit une à deux journées par mois, dans la limite de treize jours par an, non reportables, pouvant être prises de manière consécutive ou fractionnée, y compris le jour même, sans délai de prévenance.

Il s’agit donc d’un dispositif strictement encadré, reposant sur une évaluation médicale, loin des fantasmes de dérive ou d’abus souvent agités pour disqualifier le débat.

Améliorer les conditions de travail et lutter contre l’absentéisme subi

Reconnaître la santé menstruelle, c’est aussi améliorer concrètement les conditions de travail. Aujourd’hui, de nombreuses agentes viennent travailler malgré des douleurs importantes, au prix d’une baisse de concentration, de fatigue accrue et parfois de risques pour leur santé. D’autres sont contraintes de recourir à des arrêts maladie inadaptés, culpabilisants et mal compris.

Permettre une absence ponctuelle, reconnue et encadrée, favorise un retour au travail dans de meilleures conditions, limite l’absentéisme non anticipé et participe à une meilleure organisation collective du travail.

C’est également un levier d’égalité professionnelle. Refuser de prendre en compte ces réalités biologiques spécifiques, c’est maintenir une norme de travail pensée historiquement par et pour des corps masculins, au détriment des femmes.

Télétravail et congé menstruel : des outils complémentaires

La proposition du SNCA-CGT prévoit explicitement que le télétravail puisse constituer une alternative lorsque l’activité et la situation de l’agente le permettent. Cette possibilité ne se substitue pas au droit à l’ASA, mais vient compléter la palette des réponses possibles, en laissant le choix à l’agente concernée.

Cette approche pragmatique permet de s’adapter aux réalités des métiers et aux besoins individuels, sans rigidité ni injonction.

Aller plus loin : des mesures concrètes et cohérentes

Enfin, la mise en place d’un congé menstruel ne peut être dissociée d’actions concrètes d’accompagnement. Le SNCA-CGT propose que les CMA prévoient un budget dédié à la mise à disposition de protections menstruelles dans les sanitaires, comme cela se fait déjà dans de nombreuses administrations et collectivités.

Reconnaître la santé menstruelle, c’est sortir du tabou, agir pour la prévention, et affirmer que la dignité des agentes n’est pas négociable.

Une revendication légitime et moderne

Le congé menstruel n’est ni un gadget ni un privilège. C’est une réponse concrète à une réalité vécue par des milliers d’agentes, une mesure de santé au travail, d’égalité et de justice sociale. En refusant même d’ouvrir le débat en CPN 56, les employeurs font le choix du déni et du conservatisme.

Le SNCA-CGT continuera de porter cette revendication avec détermination, parce qu’on ne peut pas prétendre moderniser le service public et améliorer l’attractivité du réseau tout en refusant de reconnaître la réalité du travail et des corps qui le font vivre.




Examen T3P : quand la dernière mission régalienne des CMA est mise en péril

Depuis plusieurs mois, la gestion de l’examen du T3P connaît des dysfonctionnements graves sur l’ensemble du territoire. Cette situation n’est pas un simple incident technique : elle met en cause la dernière mission régalienne confiée par l’État aux chambres de métiers et de l’artisanat, fragilise les personnels, pénalise les artisans taxis et interroge l’avenir même des CMA en tant qu’établissements publics. Le SNCA-CGT fait le point et lance l’alerte.

La dernière mission régalienne des CMA en danger

Les chambres de métiers et de l’artisanat ont été créées pour répondre à un besoin clair : garantir un service public à l’artisanat, pensé par et pour les artisans, sur l’ensemble du territoire. Leur légitimité repose sur des missions d’intérêt général, exercées dans un cadre public, au service des professions artisanales.

Parmi ces professions, les artisans taxis occupent une place particulière. Profession réglementée, indispensable à la mobilité des populations, ils entretiennent historiquement un lien étroit avec les CMA, notamment à travers la formation, l’examen et l’accès à la profession. L’organisation de l’examen du T3P constitue aujourd’hui la dernière mission régalienne confiée par l’État aux CMA. Elle engage directement leur crédibilité et leur raison d’être.

Or, cette mission est aujourd’hui gravement compromise.

Depuis novembre 2025, le changement de prestataire de la plateforme nationale d’inscription à l’examen T3P provoque une crise d’ampleur nationale. Dysfonctionnements techniques, instabilité chronique de l’outil, absence de formation des agent·e·s, réinscriptions impossibles : l’ensemble du réseau des CMA est touché. Les candidat·e·s voient leurs projets professionnels suspendus, les organismes de formation sont laissés dans l’incertitude, et les personnels des CMA se retrouvent exposés à une pression constante, sans moyens ni réponses fiables à apporter.

Une crise née de choix politiques

Cette situation n’est pas un accident. Elle est le produit de choix de gestion précis, opérés dans un contexte de restrictions budgétaires permanentes. Le changement de prestataire, manifestement mal préparé, s’est fait au détriment de la continuité du service public. Les économies recherchées se paient aujourd’hui en coûts humains, organisationnels et financiers, bien supérieurs aux gains annoncés.

Plus inquiétant encore, cette crise révèle une dilution inacceptable des responsabilités. CMA France, le prestataire et le ministère de tutelle se renvoient la balle, tandis que les agent·e·s encaissent la colère légitime des usager·e·s et que les artisans taxis ont le sentiment d’un abandon pur et simple. Cette opacité alimente la défiance et discrédite durablement les CMA aux yeux de celles et ceux qu’elles sont censées servir et représenter.

Les risques psychosociaux sont désormais avérés. Pression permanente, surcharge de travail, impossibilité de faire correctement son métier : les personnels sont mis en difficulté par des décisions qu’ils n’ont ni choisies ni pilotées. Cette situation est indigne d’un établissement public.

Le retard accumulé menace désormais la tenue des prochaines sessions d’examen. Les préfectures elles-mêmes alertent sur l’absence de transmission des données. Autrement dit, c’est l’ensemble de la chaîne institutionnelle qui se grippe.

Face à cette réalité, une question centrale se pose : en fragilisant à ce point la dernière mission régalienne confiée aux CMA, CMA France ne contribue-t-elle pas à organiser elle-même le discrédit et le démantèlement du réseau consulaire ? À force de sous-investissement, de pilotage technocratique déconnecté des réalités de terrain et de logique comptable à courte vue, c’est l’existence même des CMA en tant qu’établissements publics qui est menacée.

Des personnels en première ligne

Le SNCA-CGT refuse que les personnels servent de variable d’ajustement et que les artisans soient les victimes collatérales de choix de gestion irresponsables. Nous exigeons la sécurisation immédiate de l’outil, un accompagnement réel des agent·e·s, une transparence totale sur les responsabilités, un audit indépendant et des garanties durables pour l’avenir.

Les CMA n’ont de sens que si elles remplissent leurs missions de service public. Les affaiblir, c’est préparer leur disparition. Le SNCA-CGT restera pleinement mobilisé pour défendre les personnels, les artisans et l’avenir du service public consulaire.