NPEC 2026 : une amélioration réelle du financement des CFA qui doit maintenant profiter à la qualité des formations et aux personnels

Des problèmes importants demeurent

Les CFA ultramarins demeurent également les grands oubliés de cette réforme. Pourtant, les travaux de la DGEFP évaluent à environ 10 % les surcoûts supportés par ces établissements du fait des contraintes propres à leurs territoires.

Sur ces questions essentielles, nos analyses demeurent inchangées et nous vous renvoyons à nos précédentes publications :

Ces limites doivent continuer à être combattues. Elles ne doivent cependant pas masquer les évolutions positives intervenues cette année.

Les NPEC 2026 marquent un changement de cap

Le SNCA-CGT y était alors la seule organisation représentant directement les CFA.

Les recommandations NPEC 2026 constituent la première traduction concrète de cette évolution. Ils sont téléchargeables sur notre site ici.

On constate ainsi :

  • Une amélioration du financement de la majorité des diplômes spécifiques du réseau CMA, notamment les Brevets de Maîtrise (BM) et les Brevets Techniques des Métiers (BTM), à l’exception notable de Métiers d’Art.

Ces évolutions correspondent à plusieurs revendications historiques portées par le SNCA-CGT.

Plus de 33 millions d’euros supplémentaires pour les CFA des CMA

Les vingt diplômes les plus importants du réseau CMA regroupent à eux seuls près de 71 % des apprenti·es formés dans nos établissements.

Sur ce périmètre, les nouveaux NPEC progressent en moyenne de 5,17 %.

CAP Boulanger : +499 euros par contrat, soit +8,31 %.

Ce montant est largement supérieur aux pertes annoncées du fait de la diminution des financements régionaux.

Contrairement à certains discours particulièrement alarmistes, les CFA des CMA ne connaissent donc pas un effondrement généralisé de leur financement. Pour la majorité des formations qui constituent le cœur de leur activité, les ressources progressent.

La qualité de l’apprentissage doit rester la priorité

Cette amélioration du financement constitue également une reconnaissance des spécificités des formations artisanales.

NPEC 2026

La délégation CGT

Si ces orientations restent à concrétiser, elles traduisent une prise de conscience croissante des dérives engendrées par la réforme de 2018.

Les futures NAO devront tenir compte de cette nouvelle réalité

Pour le SNCA-CGT, les conséquences de ces nouveaux NPEC sont claires.

Cette argumentation devient de plus en plus difficile à soutenir.

Le réseau CMA doit être regardé dans sa globalité. Malgré les difficultés réelles rencontrées par certains établissements, il demeure globalement bénéficiaire.

COMMUNIQUÉ : Près de 100 agent·es mobilisé·es devant la CMA Pays de la Loire le 22 juin

À l’appel du SNCA-CGT, près de 100 agent·es et militant·es se sont rassemblé·es ce lundi 22 juin devant CMA Formation 44 à Sainte-Luce-sur-Loire, à l’occasion de l’Assemblée Générale de la Chambre de Métiers et de l’Artisanat des Pays de la Loire.

Cette mobilisation faisait suite aux suppressions de postes annoncées dans le réseau régional, aux menaces pesant sur plusieurs implantations territoriales et aux alertes formulées concernant le respect des droits syndicaux.

Malgré des conditions climatiques particulièrement difficiles, les personnels se sont mobilisés en nombre pour défendre leurs emplois, leurs missions et l’avenir du service public de l’artisanat.

Aux côtés des agent·es de la CMA Pays de la Loire étaient présent·es des camarades venu·es de plusieurs régions de France, notamment de Perpignan, Toulouse, Niort, Caen, Saint-Brieuc, Orléans et Angers, témoignant de la solidarité nationale suscitée par cette situation.

Au cours de la matinée, le président de la CMA Pays de la Loire et président de CMA France, Joël Fourny, est venu à la rencontre des manifestant·es. Les personnels ont pu lui faire part directement de leurs inquiétudes concernant les suppressions de postes, l’avenir des services de proximité et les situations touchant plusieurs militant·es syndicaux·ales.

Pour le SNCA-CGT, cette mobilisation constitue un avertissement clair. Les agent·es refusent que les restructurations se poursuivent au détriment de l’emploi, de la qualité du service rendu aux artisan·es et du respect des libertés syndicales.

Le préavis de grève demeure en vigueur.




APPEL À LA SOLIDARITÉ ET À LA MOBILISATION LE 22-06

Lundi 22 juin 2026 à 9h00
Rassemblement devant l’entrée de CMA Formation 44
Pl. Jacques Chesné – Sainte-Luce-sur-Loire

Chères et chers camarades,

La section SNCA-CGT de la CMA Pays de la Loire appelle l’ensemble des adhérentes et adhérents du SNCA-CGT à se mobiliser et à exprimer leur solidarité à l’occasion du rassemblement organisé le lundi 22 juin 2026 devant l’entrée de CMA Formation 44 à Sainte-Luce-sur-Loire.

La situation que connaissent aujourd’hui les personnels de la CMA Pays de la Loire dépasse largement le cadre régional. Le déficit prévisionnel annoncé pour 2026, d’environ 3 millions d’euros, pourrait être absorbé par les résultats accumulés ces dernières années : plus de 27,5 millions d’euros de résultats cumulés entre 2020 et 2025.

Les projets de suppressions de postes, les non-renouvellements de CDD, les menaces pesant sur les antennes de proximité de Saumur et de Cholet ainsi que les atteintes dénoncées aux droits syndicaux constituent des attaques contre l’ensemble du réseau des CMA et contre tous les personnels qui le font vivre au quotidien.

Partout en France, nous sommes confrontés aux mêmes logiques : réduction des effectifs, éloignement des services des usagers, dégradation des conditions de travail, remise en cause du dialogue social et pression croissante sur les représentants du personnel.

De plus, des collègues impliqué·es syndicalement sont concerné·es par les projets de non-renouvellement ou de suppression de poste.

Face à ces choix, nous affirmons que :

  • la défense de l’emploi est l’affaire de tou·tes ;

  • la défense des libertés syndicales est l’affaire de tou·tes ;

  • le maintien d’un service public de proximité pour les artisan·es et les apprenti·es est l’affaire de tou·tes ;

  • lorsqu’une région est attaquée, c’est l’ensemble du réseau qui est concerné.

Le SNCA-CGT a depuis 2023 déposé un préavis de grève illimité afin de permettre aux personnels de se mobiliser pour défendre leurs droits et leurs emplois.

Nous appelons l’ensemble des adhérent·es, militant·es et sympathisant·es du SNCA-CGT à relayer cette mobilisation dans leurs établissements, à adresser des messages de soutien aux collègues des Pays de la Loire et, pour celles et ceux qui le peuvent, à participer au rassemblement du 22 juin.

Le 22 juin, au moment de l’AG de la CMAR PdL qui validera ces suppressions de postes, montrons ce qu’est la solidarité syndicale.

Ensemble, défendons les emplois, les libertés syndicales et l’avenir du réseau des Chambres de Métiers et de l’Artisanat.

Tous en grève et mobilisé·es aux côtés des personnels de la CMA Pays de la Loire !




Primes vs Salaires : une dérive qui fragilise les agent·es

Dans les CMA, une tendance s’installe de plus en plus clairement : au lieu d’augmenter les salaires de base des agent·es, la direction privilégie le recours aux primes, notamment les primes d’objectifs. Présentée comme un outil de reconnaissance ou de motivation, cette orientation masque une réalité simple : les salaires stagnent, et la rémunération devient de plus en plus variable.

Derrière cette logique, un mécanisme s’impose progressivement : remplacer des augmentations de salaire pérennes par des dispositifs conditionnels et réversibles. Or, une chose doit être rappelée avec force : les agent·es ne vivent pas avec des primes incertaines, ils et elles vivent avec leur salaire.

Le salaire : base indispensable de la reconnaissance du travail

Le salaire n’est pas un complément. Il est la reconnaissance normale, stable et contractuelle du travail des agent·es.

Il garantit :

  • un revenu régulier et prévisible chaque mois

  • la reconnaissance durable des compétences, du poste et de l’ancienneté

  • une base solide pour les droits sociaux (retraite, maladie, chômage)

En gelant ou en limitant les salaires de base, les CMA fragilisent directement cette stabilité. Une politique RH responsable devrait augmenter les salaires, pas les contourner par des primes.

Les primes : un outil de substitution aux augmentations de salaire

Les primes d’objectifs ou primes de sujétion sont de plus en plus utilisées comme un levier de compensation à la faiblesse salariale. Mais leur logique est profondément différente de celle du salaire.

Elles reposent sur :

  • des critères parfois flous ou changeants

  • des objectifs imposés et pas toujours maîtrisables

  • une rémunération non garantie d’une année sur l’autre

  • une possibilité de modulation ou de suppression

Dans les faits, cela revient à remplacer du salaire pérenne par du revenu variable et incertain. Une dérive inacceptable pour les agent·es.

Des conséquences concrètes lourdes pour les agent·es

Une retraite fragilisée

Le salaire de base est central dans la construction des droits retraite. En privilégiant les primes plutôt que les augmentations de salaire :

  • les cotisations progressent moins

  • les carrières sont moins bien valorisées

  • la pension future peut être réduite

Une protection sociale affaiblie

Les droits liés à la maladie, à la prévoyance ou à d’autres indemnités reposent largement sur le salaire.

La stagnation du salaire de base entraîne :

  • une progression limitée des droits sociaux

  • une dépendance accrue à des compléments incertains

  • une fragilisation globale de la protection des agent·es

Une insécurité financière permanente

Les agent·es ne peuvent pas construire leur vie sur des revenus instables :

  • incertitude sur le niveau réel de rémunération

  • difficulté à se projeter dans l’avenir

  • contraintes renforcées pour les projets personnels (logement, crédit, épargne)

Une mise sous pression et une individualisation du travail

La généralisation des primes d’objectifs introduit une logique nouvelle :

  • individualisation des performances

  • mise en concurrence des agent·es

  • pression permanente sur l’atteinte d’objectifs

Le travail n’est plus reconnu par le poste occupé, mais conditionné à des résultats variables. C’est une transformation profonde et inquiétante du rapport au travail dans les CMA.

Le cœur du problème : la stagnation organisée des salaires

Il faut le dire clairement : si les primes se multiplient, c’est parce que les salaires de base n’augmentent pas suffisamment.

Cette stagnation a des effets directs :

  • perte de pouvoir d’achat réel avec l’inflation

  • affaiblissement des droits sociaux

  • dépendance accrue à des compléments variables

Et surtout, elle permet de donner l’illusion d’une hausse de rémunération sans engager de revalorisation durable.

Les revendications sont claires

Face à cette situation, le SNCA-CGT porte des revendications simples, mais fondamentales :

  • Augmentation générale des salaires de base

  • Transparence totale sur les critères des primes existantes

  • Refus de la logique de substitution des primes aux augmentations salariales

Conclusion : du salaire, pas des primes

La situation à la CMA ne peut plus être maquillée derrière des dispositifs variables. Les agent·es ne demandent pas des compléments incertains ou conditionnels. Ils et elles demandent une chose simple et légitime : une augmentation réelle de leur salaire de base.

Car au-delà des discours, une évidence s’impose : le salaire protège, la prime fragilise.

Et une politique de rémunération juste ne peut pas reposer sur l’incertitude. Elle doit reposer sur la stabilité, la reconnaissance et la sécurité.




L’EVARS : un droit à l’éducation ignoré dans les CMA

Dans les CFA (Centres de Formation d’Apprenti·es) des CMA (Chambres de Métiers et de l’Artisanat), l’EVARS (Éducation à la Vie Affective, Relationnelle et à la Sexualité) reste un enjeu largement méconnu et pourtant essentiel. Entre ambitions pédagogiques affichées, attaques politiques et mise en œuvre très inégale sur le terrain, ce dispositif révèle les tensions profondes qui traversent aujourd’hui la formation professionnelle.

Une avancée éducative… déjà attaquée

L’EVARS a été introduite dans les programmes scolaires pour répondre à un besoin éducatif essentiel : permettre aux élèves et apprenti·es de comprendre les relations, le consentement, l’égalité, la prévention des violences et la construction de soi.

Ce programme s’inscrit dans une dynamique de santé publique et d’émancipation, visant à accompagner les jeunes dans leur vie personnelle comme dans leur parcours professionnel. Il repose sur des contenus éducatifs fondamentaux liés au respect, à l’égalité et à la prévention des violences*.

Mais très rapidement, l’EVARS est devenue une cible politique. L’extrême droite et une partie de ses relais idéologiques en ont fait un objet de polémique, alimentant des campagnes de désinformation et de rejet. Derrière ces attaques, c’est bien la place de l’éducation à l’égalité, à la prévention des violences sexistes et sexuelles et à l’émancipation des jeunes qui est contestée.

Des apprenti·es concerné·es au premier chef

Contrairement à une idée répandue, l’EVARS ne concerne pas uniquement l’Éducation nationale. Elle s’applique aussi aux CFA, notamment dans les diplômes professionnels comme les CAP et les baccalauréats professionnels.

Dans les CFA des CMA, les apprenti·es sont des jeunes en construction, souvent très tôt confronté·es au monde du travail, aux rapports hiérarchiques, aux stéréotypes de genre et parfois à des situations de discrimination et/ou de violence.

L’EVARS vise donc à leur donner des repères fondamentaux :

  • comprendre le consentement et les relations respectueuses,

  • identifier et prévenir les violences sexistes et sexuelles (VSS),

  • déconstruire les stéréotypes de genre dans les métiers,

  • favoriser un climat d’apprentissage sain et sécurisé.

Autant d’enjeux particulièrement cruciaux dans les formations professionnelles.

Dans les CMA : une mise en œuvre encore très inégale

Dans la réalité, la situation est déplorable. Dans de nombreux CFA des CMA, la mise en œuvre de l’EVARS est inexistante.

Par manque de moyens, de formation des équipes ou parfois de volonté locale, ces contenus sont souvent absents ou réduits à des interventions ponctuelles. Dans la plupart des établissements, les heures prévues (trois séances de deux heures chaque année) ne sont tout simplement pas assurées.

Le SNCA-CGT alerte sur les manquements constatés

Face à ces constats, le SNCA-CGT a alerté la direction de CMA France sur la situation.

Le syndicat rappelle que ces contenus ne sont pas optionnels : ils participent pleinement à la mission de service public de formation.

Il revendique une mise en œuvre réelle et harmonisée dans tous les CFA, des moyens dédiés pour former les équipes, ainsi qu’une reconnaissance du temps pédagogique nécessaire afin de garantir l’effectivité de ce droit éducatif.

Conclusion : une bataille éducative face aux offensives réactionnaires

La mise en œuvre de l’EVARS dans les CFA ne relève pas d’un simple ajustement pédagogique : elle s’inscrit dans une bataille plus large autour du sens de l’école et de la formation professionnelle.

Les attaques portées par l’extrême droite contre ces contenus ne sont pas anodines. Elles traduisent une volonté de réduire l’éducation à des savoirs strictement utilitaires, en écartant tout ce qui touche à l’égalité, à l’émancipation et à la prévention des violences.

Dans ce contexte, défendre l’EVARS, c’est défendre le droit des apprenti·es à être informé·es, protégé·es et accompagné·es dans leur construction personnelle et citoyenne. C’est aussi refuser une vision de la société où l’éducation serait vidée de sa dimension émancipatrice.

 

* Notons qu’il s’agit de la mise en œuvre tardive d’une loi adoptée il y a plus de vingt ans : celle-ci prévoyait trois séances annuelles d’éducation à la sexualité. Mais selon le Conseil économique, social et environnemental (Cese), moins de 15 % des élèves en bénéficiaient, faute de formation des enseignants et de directives nationales claires.




Résister à l’extrême droite jusque dans les salles de classe

Les 29 et 30 janvier derniers, la CGT et la FSU organisaient un colloque : L’extrême droite et l’école.

Nous pourrions ressortir de ces deux jours accablé·es, découragé·es et désabusé·es tant les attaques de l’extrême droite se font de plus en plus vives et violentes. Pas seulement dans les rues comme à Lyon et ailleurs, ou sur les plateaux télé acquis à leur cause (même sur France Info !). Pas non plus dans la perméabilité de leurs idées à droite et au centre. Sur ce dernier point, nous ne saurons que trop vous recommander d’aller voir du côté de l’intervenant Pierre Sauvêtre, qui a rappelé que l’extrême droite et le néolibéralisme ont le même substrat — l’inégalité — et le même ennemi : la gauche.

Tout cela serait déjà bien suffisant pour nous effrayer. Mais pour nous, enseignant·es, c’est aussi notre métier qui est attaqué. Le fondement même de ce qui nous pousse à nous présenter devant des élèves. Pour nous, professeur·es de CFA, plus particulièrement devant des apprenti·es, il s’agit de partager nos quelques connaissances et trucs et astuces, pour qu’ils et elles aient quelques billes pour s’en sortir du mieux qu’ils et elles peuvent dans ce monde capitaliste qui les broie déjà, elleux qui ont déjà les deux pieds dans les entreprises.

L’école et l’apprentissage face à la poussée de l’extrême droite

Le projet de l’extrême droite pour l’école, et par extension pour l’apprentissage, est très clair : les mettre au pas ! Non pas les former mais les formater ! En faire des travailleur·euses serviles et malléables.

Pour cela, Mélanie Fabre nous a rappelé le programme que l’extrême droite rêve de mettre en place : faire aimer la France (contre les autres) en la ramenant à une supposée gloire passée. L’extrême droite ne laissera pas le choix de la méthode aux enseignant·es : un pupitre et des élèves bien rangé·es auxquelles il faut remplir le crâne nécessairement vide. Et bien évidemment, la réécriture des manuels scolaires comme l’a rappelé Jérôme Beauvisage — ce qui se passe déjà aux États-Unis.

Rappelons aussi que l’extrême droite est élitiste par définition. Paul Devin nous a conté les folles envies de cette dernière : mettre en place un concours d’entrée au collège. Bourdieu n’a qu’à bien se tenir : les « meilleur·es » seront ainsi sélectionné·es. Et les autres ? Tant pis pour elleux. Elles et ils feront, au mieux, de bon·nes apprenti·es dès 12 ans.

Former ou formater ?

À quoi bon avoir un esprit critique, une capacité de réflexion et de jugement ? À quoi sert de se poser des questions et de ne pas prendre pour argent comptant ce que quelques personnes influentes peuvent dire ?

Ne parlons même pas de l’EVARS (Éducation à la Vie Affective et Relationnelle et à la Sexualité) ! Ce chiffon rouge de la droite traditionnelle et de l’extrême droite. Nous aurions des raisons de nous réjouir que ces sujets soient enfin entrés dans les programmes (non sans mal, ça effraie le bourgeois quand même !). La joie est de courte durée : l’EVARS est la nouvelle croisade de l’extrême droite et, paradoxalement, son cheval de Troie pour entrer dans les écoles (SOS Éducation, par exemple, pouvant être invitée à intervenir dans les écoles primaires).

Pour enfoncer le clou, n’oublions pas que les idées de l’extrême droite se retrouvent aussi dans la salle des profs. Rarement frontalement, mais dans les discours, les petites phrases, les attitudes des un·es et des autres. Certes, il est de bon ton d’être antiraciste, « gay-friendly » (mais transphobe, cela passe encore trop souvent), de prôner l’égalité. Mais nous ne sommes pas à l’abri, toutes et tous autant que nous sommes, d’avoir intégré des biais, des expressions, des habitudes.

Résister par l’émancipation et la pédagogie

Le tableau est sombre et l’avenir ne promet pas des jours heureux. C’est vrai. Il y a pourtant des raisons de ne pas se décourager. Il y a même des raisons de se réjouir. Nous ne sommes pas seul·es ! Et cela, déjà, est réjouissant. Nous pouvons compter sur les autres, agir ensemble et inventer des façons de résister collectivement.

Et au-delà de cela, nous sommes enseignant·es ! Notre cœur à gauche nous pousse à vouloir l’émancipation des jeunes qui partagent des heures avec nous. Pas les dresser, pas les enrôler, mais bien leur donner de quoi vivre dans un monde féroce. Il ne s’agit pas de sous-estimer l’influence de l’extrême droite dans les têtes de nos apprenti·es, d’autant plus qu’ils et elles sont des cibles de choix pour elle.

Résister à l’extrême droite et à la diffusion de ses idées, cela ne passe pas uniquement par la démonstration de force dans la rue, l’argumentaire étayé face aux collègues ou la belle phrase qui cloue le bec. Résister à l’extrême droite, c’est aussi dévoyer voire saboter le projet uniformisant des programmes scolaires.

Résister à l’extrême droite, c’est d’abord et avant tout, pour nous enseignant·es de gauche, enseigner avec de la considération pour les jeunes et les accompagner vers l’émancipation.




Le SNCA-CGT réaffirme son identité combative lors de son congrès 2026

Du 5 au 7 mai 2026, le SNCA-CGT a tenu son congrès au CCAS de Saint-Cyprien. Pendant trois jours, quarante congressistes venu·es de toute la France, salarié·es des Chambres de Métiers et de l’Artisanat (CMA), ont débattu, confronté leurs analyses et construit les orientations du syndicat pour les trois prochaines années.

Moment central de la démocratie syndicale au sein de la CGT, le congrès permet aux adhérent·es de porter leurs revendications et faire entendre leur voix par l’intermédiaire de leurs délégué·es. C’est le lieu où se discutent les bilans, les orientations et les revendications qui guideront l’organisation pour la mandature à venir.

Une feuille de route pour 2026-2029

Dans un contexte de crise du service public, de restructurations permanentes et de marchandisation accélérée, ce congrès avait une tonalité particulière : celle de la résistance.

Le congrès 2026 s’est également tenu dans un contexte politique lourd. Entre banalisation des idées d’extrême droite et répression syndicale, les congressistes ont réaffirmé leur attachement à une société égalitaire, démocratique et solidaire. La CGT ne se limite pas à la défense des conditions de travail : elle porte aussi un projet de société fondé sur l’émancipation, l’égalité et la justice sociale.

Tout au long de la semaine, les congressistes ont débattu et voté les rapports d’activité et financier du syndicat avant d’adopter plusieurs résolutions qui constitueront la feuille de route de la mandature 2026-2029.

Défendre les CMA face à la privatisation rampante

Lors de ces échanges, le SNCA CGT s’est engagé à lutter contre la privatisation du service public rendu aux artisan·es : création, développement et transmission d’entreprises.

Le congrès a ainsi dénoncé des politiques qui fragilisent les personnels tout en dégradant l’accompagnement des artisan·es.

Refaire de l’apprentissage une mission de service public

Autre sujet majeur : les CFA et l’avenir de l’apprentissage. Le SNCA-CGT continue de porter une ligne claire : sortir la formation professionnelle des logiques de marché.

Face à la multiplication des structures privées, le syndicat milite pour replacer l’apprentissage dans le cadre d’un véritable service public, avec un financement pérenne et une priorité donnée à la qualité pédagogique plutôt qu’à la rentabilité.

Des échanges fraternels avec les organisations invitées

Le congrès a accueilli plusieurs invité·es dont les interventions ont nourri les débats.

Patricia J., de la CGT-CCI, Barbara D., de la CGT-EP, ainsi que Nicola R., de l’UD66, ont partagé leurs analyses sur les enjeux des luttes à venir lors d’échanges particulièrement riches.

Le SNCA-CGT a également reçu le soutien de sa fédération, la FERC-CGT, représentée par Charlotte V., secrétaire générale, et Yannick B., référent formation professionnelle. Tout·es deux ont adressé des paroles encourageantes et soutenu les orientations du SNCA-CGT.

Une séquence d’émotion et de transmission

Le congrès a aussi été marqué par plusieurs moments particulièrement émouvants.

Didier S., secrétaire général du SNCA-CGT de 2011 à 2015, a fait l’honneur de venir saluer les congressistes. Avec des mots profondément sincères, il a rappelé la genèse du syndicat et l’importance de la solidarité militante. Une intervention qui a bouleversé une salle parfois au bord des larmes.

L’émotion était également palpable lors des hommages à celles et ceux qui quittent la Commission Exécutive Nationale (CEN) ou la Commission Financière de Contrôle (CFC) : Guy D., Robert B., Patrick D., ancien secrétaire général, Yann N., Isabelle E. et Pierrette B. Tout·es ont tenu à remercier l’équipe arrivée lors de la précédente mandature et à transmettre le relais à une nouvelle génération militante.

Une nouvelle direction représentative et renouvelée

Le congrès a procédé au renouvellement de la CEN qui est quasi paritaire femmes-hommes, comprend autant d’administratif·ves que de professeur·es, et avec un nombre représentatif de non-cadres.

Parmi les membres reconduit·es figurent Sylvain C.B., réélu secrétaire général, Cédric D., réélu trésorier administrateur, ainsi que Simon T., Isabelle B., Sébastien D. et Elsa S.

Trois nouveaux membres rejoignent également la direction nationale : Cyril D., Séverine D. et Marion B.

La CFC a elle aussi été renouvelée avec l’arrivée d’Antoine C., aux côtés de Guillaume L. et Delphine L.G., réélu·es.

Conclusion

À Saint-Cyprien, le SNCA-CGT n’a pas seulement tenu un congrès statutaire. Il a réaffirmé une conviction : face à la marchandisation croissante des services publics et de la formation, le collectif et la solidarité restent des armes essentielles.




Focus sur l’apprentissage en CMA PDL, l’exemple à ne pas suivre

La CMA des Pays de la Loire est celle présidée par M. Fourny, également président de CMA France. À ce titre, elle devrait être exemplaire, montrer la voie, incarner un modèle à suivre pour l’ensemble du réseau.

Si ce qui nous a été présenté en plénières des CFA constitue réellement cette “exemplarité”, alors il y a de quoi être profondément inquiet.

Une chose est claire : ce qui nous a été présenté n’est pas un projet, c’est un plan de destruction organisé de nos conditions de travail, de la qualité de nos formations et, à terme, de l’existence même de nos établissements.

Ceci alors même que les derniers comptes indiquent que la CMA des PdL présente un bénéfice de plus de 5 millions, et 50 millions pour le réseau des CMA.

Des choix fondés sur des données contestables

Prenons un exemple concret : le NPEC* de la CS Employé Traiteur est annoncé en hausse d’environ 10 %, et pourtant cette formation est fermée à Angers dès la rentrée.

La décision était donc prise indépendamment des réalités économiques avancées. Cela en dit long sur la sincérité des arguments présentés.

Pire encore, la direction refuse toujours de travailler conjointement avec les organisations syndicales pour défendre des niveaux de financement à la hauteur des besoins, notamment en refusant de partager sa comptabilité analytique et les clés de répartition.

Une comptabilité dont on peut légitimement s’interroger sur la fiabilité tant elle semble parfois se construire au doigt mouillé, avec des conséquences aujourd’hui dramatiques pour les agent·es.

Soyons lucides : la situation actuelle est aussi le fruit de plusieurs années de choix contestables et de gestion défaillante.

Et comme trop souvent, ce sont les agent·es et les usager·es qui paient les pots cassés en bout de course.

Une dégradation assumée de la qualité de formation

Les mesures annoncées relèvent d’une logique purement comptable, totalement déconnectée de la réalité pédagogique :

  • et même l’idée d’un enseignant·e pour gérer 100 jeunes en individualisation.

Comment garantir une formation de qualité dans des conditions matérielles durablement dégradées ?

Comment maintenir la sécurité et l’exigence professionnelle avec des effectifs accrus en atelier ?

Soyons clairs : c’est une aberration pédagogique totale.

Dans le même esprit, la mise en place du CCF (contrôle en cours de formation) sans préparation ni consultation des équipes pédagogiques illustre une nouvelle fois le mépris affiché pour les personnels et leur expertise.

pour le second degré – soit des publics d’âges comparables à ceux de nos apprentis – font état d’une diminution d’environ 10 % des effectifs entre 2023 et 2035 (de 5,66 à 4,88 millions d’élèves).

Concrètement, cela signifie qu’une classe de 10, 20 ou 30 apprenant·es passerait à 9, 18 ou 27. Est-ce réellement sur cette base que l’on prétend aujourd’hui supprimer des postes d’enseignant·es et dégrader nos conditions de formation ?

Ces choix vont détruire la qualité de nos formations. Ils vont rompre avec tout ce que nous avons construit pour raccrocher des jeunes souvent en difficulté avec le système scolaire classique. Les CFA n’ont pas eu de résultats en copiant ce qui ne fonctionne pas dans d’autres établissements, mais bien en proposant une formation adaptée à son public.

Demain, les artisan·es ne nous feront plus confiance et n’enverront plus leurs apprenti·es dans des structures incapables de garantir un apprentissage sérieux.

C’est un retour en arrière brutal, une remise en cause de nos pratiques, de notre expertise, et du sens même de nos métiers.

Des conséquences humaines ignorées

Si c’est cette vision de l’apprentissage qui est portée par nos dirigeant·es auprès des ministères, alors il ne faut pas s’étonner du manque de financements : on organise nous-mêmes la dévalorisation de notre modèle. Ce qui est en train de se dessiner, ni plus ni moins, c’est la mise à mort des CMA.

Ajoutons à cela une incohérence majeure : les NPEC étant calculés sur une moyenne des coûts des CFA, chercher à baisser nos coûts revient mécaniquement à tirer tout le système vers le bas.
Ce qu’il faudrait faire, au contraire, c’est
affirmer et démontrer le coût réel de la qualité, pas organiser son abandon.

Les conséquences sont déjà visibles :

  • et une absence totale d’information des agent·es concernés, ce qui constitue un profond manque de respect.

Il est également choquant de voir que des décisions d’une telle ampleur sont annoncées en plénière, pour la plupart des territoires, juste avant les congés des enseignant·es, principaux·ales concerné·es. Une telle méthode est non seulement brutale, mais profondément lâche, surtout lorsqu’elle est portée par des managers incapables de justifier clairement les décisions prises.

Dans le même temps, ces mêmes managers, jouant sur les mots, se permettent d’affirmer que ne pas renouveler des CDD ne constitue pas une suppression de postes.

Une telle affirmation en dit long sur le mépris affiché à l’égard des agent·es en CDD, qui représentent pourtant plus de 30 % des effectifs, mais aussi sur le peu de considération pour les collègues concerné·es, qui, eux, ne seront tout simplement plus là à la rentrée.

Depuis des années, les conditions de travail se dégradent : matériel vieillissant, désorganisation, injonction permanente à faire plus avec moins, remplacement non effectué des départs…

Individuellement, chacun trouve des solutions pour sauver les meubles. Mais collectivement, nous sommes en train de nous habituer à ces dysfonctionnements et à leur aggravation, comme des grenouilles dans une eau qui chauffe lentement jusqu’à ébullition.

Depuis plusieurs années, les professeur·es sont particulièrement ciblés par ces politiques d’optimisation. Leur charge de travail ne cesse d’augmenter : multiplication des tâches, adaptations permanentes, missions supplémentaires… autant d’exigences qui ne sont ni comptabilisées ni reconnues, et encore moins compensées financièrement.

Cette accumulation progressive, invisible dans les tableaux mais bien réelle dans le quotidien des agent·es, contribue à une dégradation continue des conditions de travail et à une perte de sens du métier.

L’heure de choisir : subir ou agir ?

À ce stade, nous interpellons directement les élu·es artisan·es. Vous êtes les décideur·euses. Vous êtes censés représenter les artisan·es et défendre leurs intérêts.

Est-ce réellement ainsi que vous souhaitez que vos apprenti·es soient formés ? Pensez-vous que des ateliers surchargés, des moyens réduits et des formations dégradées correspondent aux attentes de vos ressortissant·es ? Est-ce cela que les artisan·es demandent ? N’êtes-vous pas, au contraire, en train de trahir les artisan·es que vous représentez ?

Et surtout : quand allez-vous réagir ?

Face à cela, une question se pose aussi en interne : que penser de ceux qui mettent en œuvre ces décisions ? Et que penser de ceux qui, en ayant conscience des conséquences, choisissent de se taire ? Laisser faire, n’est-ce pas déjà collaborer ?

Aujourd’hui, tout donne le sentiment d’une direction qui navigue à vue, sans cap clair, et qui semble avoir choisi d’emmener son navire droit vers le naufrage.

Le SNCA-CGT, s’il ne se permet pas de qualifier ces orientations de profondément stupides, s’interroge néanmoins très sérieusement sur leur cohérence, leur rationalité et leur finalité.

Nous refusons de voir nos métiers dévalorisés, nos formations dégradées et nos établissements sacrifiés.
Nous refusons que l’apprentissage devienne une variable d’ajustement budgétaire.

Nous appelons l’ensemble des personnels à ne pas rester spectateur·rices de cette dérive, à ne pas collaborer.

  • Combien de plans sociaux allons-nous laisser passer ?

  • Combien de collègues allons-nous laisser se faire évincer sans réagir ?

À destination des artisan·es, des managers et des collègues : ne rien faire serait lâche. Ne rien dire, c’est cautionner.

Il est encore temps de refuser cette logique et de se mobiliser pour défendre :

  • la qualité de nos formations,

  • le respect de nos métiers,

  • les postes de professeur·es menacés,

  • et l’avenir même de nos établissements.

Former en apprentissage, cela mérite des moyens, du respect et une vision.

 

 

*Le montant forfaitaire versé pour financer une formation en apprentissage, par apprenti et par an (ou au prorata de la durée du contrat).




Apprentissage : suppressions d’emplois et fermetures de formations dans les CFA des CMA

Les Chambres de Métiers et de l’Artisanat sont confrontées à une dégradation rapide du financement de l’apprentissage. Dans plusieurs régions, les conséquences sont déjà visibles : suppressions de postes, fermetures de formations et remise en cause de l’accès des jeunes aux métiers, notamment dans les territoires ruraux. Dans les Hauts-de-France, un plan de réduction d’effectifs prévoit déjà une baisse de plus de 260 postes (plus de 22 % du personnel) en quelques années.

1. Les NPEC 2026 proposés par France Compétences : une avancée insuffisante

Alors que France Compétences s’apprête à entériner les niveaux de prise en charge (NPEC) recommandés aux branches, voici l’analyse globale que nous pouvons établir au vu des différentes remontées, qui restent partielles.

Dans les formations dispensées dans nos CFA, entre 75 et 80 % des valeurs recommandées sont supérieures aux NPEC actuels. C’est une bonne nouvelle et cela montre qu’un effort réel est consenti sur les niveaux 3 et 4, conformément à nos revendications et aux engagements pris par le ministère lors de la négociation d’avril 2025.

Cependant, cela ne suffit pas à rattraper les baisses de NPEC de 2022 et 2023. Pour y parvenir, il aurait fallu que la valeur soit égale au coût moyen constaté sur 2024 majoré de +6 % en moyenne. La diminution de 8 % des NPEC pour les formations de niveaux 3 et 4 décidée en septembre 2023 avait déjà entraîné une perte de 20 millions d’euros de marges pour l’ensemble des 150 CFA des CMA, faisant basculer leur activité dans le rouge.

2. Des formations à fort effectif pénalisées : un danger immédiat pour le réseau

Les plus mauvaises nouvelles concernent certaines formations à fort effectif, dont la valeur recommandée est inférieure aux NPEC actuelles. Ces cas vont pénaliser considérablement l’ensemble du réseau. Sont notamment concernés :

  • Le CAP Maintenance des véhicules
  • Le Bac Pro Maintenance des véhicules

  • Le CAP Équipier polyvalent du commerce
  • Le Bac Pro Métiers du commerce et de la vente

  • Le CAP Commercialisation et service en hôtel-café-restaurant

Ces formations représentent une part importante des effectifs de nos CFA. Une valeur de NPEC inférieure au niveau actuel y creuse directement le déficit structurel.

3. Les formations à faibles effectifs et les métiers rares : une menace existentielle

Au-delà des formations à fort effectif, les effets délétères sur les formations à faible effectif restent entiers. Ces formations sont les premières victimes d’une logique de rentabilité immédiate, alors même qu’elles sont souvent essentielles pour l’économie et pour la transmission des savoir-faire.

Le cas de la maréchalerie ferrante en est l’illustration la plus frappante. En trente ans, le nombre de chevaux en France a doublé. L’équitation est aujourd’hui le troisième sport national. Pourtant, il ne reste plus que neuf centres en France préparant au CAP maréchalerie, et quatre seulement pour le Brevet Technique des Métiers. Dans les Hauts-de-France, le centre de Beauvais fermera sa formation à la rentrée prochaine.

Même avec près de 1 500 euros supplémentaires par rapport au NPEC actuel, le CTM maréchalerie reste en effet difficilement « rentable » sans aide complémentaire. Concrètement, avec la fermeture de cette formation, les jeunes de Beauvais devront effectuer jusqu’à six heures de transport en commun pour se former en Normandie, ou se tourner vers une Maison Familiale Rurale située à près de quatre heures de route. Ces jeunes n’ont souvent ni les moyens financiers ni les possibilités matérielles de se déplacer aussi loin. La seule alternative proposée est parfois la formation à distance, ce qui n’a aucun sens pour des métiers aussi physiques et techniques.

La même menace pèse sur les métiers d’art, qui jouent pourtant un rôle culturel et patrimonial majeur : ces formations constituent un véritable conservatoire de savoir-faire essentiels au prestige artisanal de la France, et par extension à son attractivité touristique.

Certaines de ces formations comme celle d’horloger subissent en plus une forte diminution de leur NPEC. On observe déjà la disparition de formations comme la poissonnerie dans de nombreux territoires, ou les spécialités liées à la restauration de véhicules anciens, faute de rentabilité. Au-delà de la régression de l’offre de formation, c’est à terme la fin du maintien des compétences artisanales de notre pays. A quelques jours des journées européennes des Métiers d’Art dont Emmanuel Macron se targue d’exercer le patronage, son gouvernement à travers France Compétences s’apprête à signer l’arrêt de mort de ces professions.

4. Les DROM et les territoires ruraux : des angles morts persistants

La situation alarmante des CFA ultramarins

La situation est encore plus préoccupante dans les territoires ultramarins. Plusieurs CFA y fonctionnent aujourd’hui avec des moyens extrêmement réduits, dans un contexte marqué par le coût élevé de la vie et par des difficultés économiques structurelles.

Les besoins en financement y sont pourtant clairement identifiés. Des travaux menés par la DGEFP ont montré qu’un niveau de financement supérieur d’environ 10 % serait nécessaire pour permettre aux centres de fonctionner dans des conditions normales.

Dans certains territoires, comme en Guadeloupe, une situation particulière aggrave encore les difficultés : de nombreux employeurs ne sont pas signataires des conventions collectives, ce qui limite les niveaux de prise en charge des formations au coût plancher. Ces anomalies auraient dû être réglées dans le cadre du dialogue social, mais elles pénalisent aujourd’hui directement les CFA et les jeunes en formation.

La situation ultramarine ne doit pas être traitée comme une exception marginale. Elle révèle au contraire les limites d’un système de financement qui ne tient pas suffisamment compte des réalités économiques et territoriales.

Il n’existe toujours pas de solution pour les CFA des DROM. Ces territoires cumulent des coûts structurellement plus élevés — de l’ordre de +10 % en moyenne selon la DGEFP — avec des effectifs souvent limités. Si aucune solution adaptée n’est trouvée, le gouvernement devra engager sa responsabilité sur la fin de l’offre de formation professionnelle dans ces territoires.

Le même constat s’impose pour les territoires ruraux. L’exemple de l’Aisne, déjà cité l’an passé lors des échanges au ministère, reste d’actualité. Dans les Hauts-de-France, plusieurs CFA sont en suspens, notamment à Château-Thierry et à Compiègne, sur un réseau qui compte une vingtaine de centres. Près de 48 % des apprentis du réseau CMA sont mineurs, souvent peu mobiles, et la suppression de certaines aides à la mobilité comme l’aide au permis aggrave encore leur situation.

5. Un système sous-financé structurellement, malgré la rentabilité prouvée de l’apprentissage

Cette situation est d’autant plus paradoxale que l’apprentissage est rentable pour les finances publiques. Les études montrent qu’un euro investi dans l’apprentissage génère environ 1,09 euro de retour pour l’État : les contrats d’apprentissage génèrent des cotisations sociales et patronales, l’alternance évite des dépenses sociales liées au chômage et à l’inactivité, et les apprentis alimentent les finances publiques via la TVA sur leurs achats. Malgré cela, France Compétences reste structurellement sous-financé, ce qui conduit régulièrement à des baisses administratives des financements.

Le financement des CFA repose désormais à près de 98 % sur les NPEC. Les contributions complémentaires des régions diminuent chaque année en raison de la baisse globale de leurs dotations, et les marges de manœuvre territoriales qui permettaient autrefois de maintenir certaines formations nécessaires ont été fortement réduites.

Par ailleurs, la libéralisation du secteur a favorisé l’émergence d’organismes privés proposant des formations parfois entièrement à distance, avec des moyens pédagogiques limités. Les centres d’examen constatent l’arrivée de candidats insuffisamment formés. Lorsque ces structures disparaissent, ce sont les établissements publics ou consulaires qui doivent reprendre gratuitement les apprentis abandonnés.

Se pose également la question de la prise en compte des investissements matériels dans le calcul des NPEC. Il ne s’agit pas seulement des achats de consommables pédagogiques liés aux filières professionnelles, mais bien des équipements lourds — machines, outillages, matériels techniques. Initialement, ces investissements devaient être couverts par les NPEC, et c’était effectivement le cas dans les premières versions, selon les diplômes et titres concernés. Mais les quatre baisses successives ont rendu cette couverture largement théorique. Aujourd’hui, seules les filières disposant de volumes d’apprentis très importants peuvent, par l’effet du volume, dégager une fraction des NPEC suffisante pour financer quelques équipements.

Il conviendrait d’ajouter le coût des matières d’œuvre pour les examens dans les CFA qui font office de centre d’examen. Ces frais ne sont remboursés qu’à hauteur de moins de 10 % par l’Éducation nationale, et ne font l’objet d’aucun remboursement de la part des autres certificateurs — comme le ministère du Travail pour les titres professionnels. Ces charges, pourtant directement liées à la certification des apprentis, pèsent donc presque intégralement sur les CFA, sans que les financements publics en tiennent compte.

Rétablir un véritable contrôle public de l’apprentissage

Face à la multiplication d’offres de formation de qualité très inégale, il est indispensable de rétablir un véritable contrôle public de l’apprentissage.

Nous demandons notamment le rétablissement d’une inspection de l’apprentissage dotée de moyens réels, afin de garantir la qualité des formations, le respect des règles pédagogiques et la sécurité des apprentis.

Il est également indispensable de rendre obligatoire la formation des maîtres d’apprentissage, afin de garantir un accompagnement pédagogique de qualité pour les jeunes en entreprise.

Ces formations doivent être organisées par des organismes publics, afin de garantir leur indépendance et leur qualité pédagogique.

L’apprentissage ne peut pas reposer uniquement sur la bonne volonté des entreprises. Former un apprenti est une responsabilité qui exige des compétences pédagogiques et un encadrement adapté.

Garantir la qualité de la formation des maîtres d’apprentissage est donc une condition essentielle pour assurer la réussite des jeunes et la transmission des savoir-faire.

6. Les revendications de la CGT

Face à cette situation, la CGT demande que le financement des formations repose sur des données économiques réelles, vérifiables et opposables, permettant de couvrir les coûts pédagogiques réels. Les niveaux de prise en charge doivent être modulés en fonction de critères qualitatifs, notamment :

  • Les coûts réels des formations et des examens

  • La présence de plateaux techniques et des investissements réguliers qui doivent les accompagner
  • Enfin, l’argent public destiné à former les jeunes ne doit pas servir à verser des dividendes. La CGT demande l’interdiction du versement de dividendes dans les organismes de formation financés par des fonds publics ou mutualisés.

    L’apprentissage ne peut pas devenir un terrain de spéculation pour des marchands de formation. Il constitue un pilier de la formation initiale et un outil essentiel pour l’avenir des jeunes et pour la transmission des métiers.




Lettre ouverte du SNCA-CGT au Président de la République

Monsieur le Président,

La réforme de 2018 et ses effets : vous le saviez

Un double discours qui a un coût

Pour le Bureau National SNCA CGT,

Son secrétaire Général,

Sylvain CHALLAN BELVAL