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Focus sur l’apprentissage en CMA PDL, l’exemple à ne pas suivre

La CMA des Pays de la Loire est celle présidée par M. Fourny, également président de CMA France. À ce titre, elle devrait être exemplaire, montrer la voie, incarner un modèle à suivre pour l’ensemble du réseau.

Si ce qui nous a été présenté en plénières des CFA constitue réellement cette “exemplarité”, alors il y a de quoi être profondément inquiet.

Une chose est claire : ce qui nous a été présenté n’est pas un projet, c’est un plan de destruction organisé de nos conditions de travail, de la qualité de nos formations et, à terme, de l’existence même de nos établissements.

Ceci alors même que les derniers comptes indiquent que la CMA des PdL présente un bénéfice de plus de 5 millions, et 50 millions pour le réseau des CMA.

Des choix fondés sur des données contestables

Nous contestons formellement les chiffres avancés lors des plénières. Contrairement à ce qui a été affirmé, les NPEC* ne sont pas en baisse ; dans de nombreux cas, ils sont amenés à augmenter. Bâtir une stratégie sur des données erronées ou orientées est irresponsable.

Prenons un exemple concret : le NPEC* de la CS Employé Traiteur est annoncé en hausse d’environ 10 %, et pourtant cette formation est fermée à Angers dès la rentrée.

La décision était donc prise indépendamment des réalités économiques avancées. Cela en dit long sur la sincérité des arguments présentés.

Pire encore, la direction refuse toujours de travailler conjointement avec les organisations syndicales pour défendre des niveaux de financement à la hauteur des besoins, notamment en refusant de partager sa comptabilité analytique et les clés de répartition.

Une comptabilité dont on peut légitimement s’interroger sur la fiabilité tant elle semble parfois se construire au doigt mouillé, avec des conséquences aujourd’hui dramatiques pour les agent·es.

Soyons lucides : la situation actuelle est aussi le fruit de plusieurs années de choix contestables et de gestion défaillante.

Et comme trop souvent, ce sont les agent·es et les usager·es qui paient les pots cassés en bout de course.

Une dégradation assumée de la qualité de formation

Les mesures annoncées relèvent d’une logique purement comptable, totalement déconnectée de la réalité pédagogique :

  • appairages absurdes, mélangeant métiers et niveaux ;

  • deux jeunes par poste de travail ;

  • réduction des matières premières et des productions, pourtant au cœur de nos formations ;

  • augmentation des seuils d’encadrement, avec toujours plus de jeunes par groupe ;

  • et même l’idée d’un enseignant·e pour gérer 100 jeunes en individualisation.

Comment garantir une formation de qualité dans des conditions matérielles durablement dégradées ?

Comment maintenir la sécurité et l’exigence professionnelle avec des effectifs accrus en atelier ?

Soyons clairs : c’est une aberration pédagogique totale.

Dans le même esprit, la mise en place du CCF (contrôle en cours de formation) sans préparation ni consultation des équipes pédagogiques illustre une nouvelle fois le mépris affiché pour les personnels et leur expertise.

L’argument d’une nécessaire anticipation de la baisse démographique ne saurait, en l’état, justifier de telles décisions. Les projections de la DEPP (Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance du ministère de l’Éducation Nationale) pour le second degré – soit des publics d’âges comparables à ceux de nos apprentis – font état d’une diminution d’environ 10 % des effectifs entre 2023 et 2035 (de 5,66 à 4,88 millions d’élèves).

Concrètement, cela signifie qu’une classe de 10, 20 ou 30 apprenant·es passerait à 9, 18 ou 27. Est-ce réellement sur cette base que l’on prétend aujourd’hui supprimer des postes d’enseignant·es et dégrader nos conditions de formation ?

Ces choix vont détruire la qualité de nos formations. Ils vont rompre avec tout ce que nous avons construit pour raccrocher des jeunes souvent en difficulté avec le système scolaire classique. Les CFA n’ont pas eu de résultats en copiant ce qui ne fonctionne pas dans d’autres établissements, mais bien en proposant une formation adaptée à son public.

Demain, les artisan·es ne nous feront plus confiance et n’enverront plus leurs apprenti·es dans des structures incapables de garantir un apprentissage sérieux.

C’est un retour en arrière brutal, une remise en cause de nos pratiques, de notre expertise, et du sens même de nos métiers.

Des conséquences humaines ignorées

Si c’est cette vision de l’apprentissage qui est portée par nos dirigeant·es auprès des ministères, alors il ne faut pas s’étonner du manque de financements : on organise nous-mêmes la dévalorisation de notre modèle. Ce qui est en train de se dessiner, ni plus ni moins, c’est la mise à mort des CMA.

Ajoutons à cela une incohérence majeure : les NPEC étant calculés sur une moyenne des coûts des CFA, chercher à baisser nos coûts revient mécaniquement à tirer tout le système vers le bas.
Ce qu’il faudrait faire, au contraire, c’est
affirmer et démontrer le coût réel de la qualité, pas organiser son abandon.

Les conséquences sont déjà visibles :

  • des suppressions de postes annoncées sans transparence ;

  • un refus de communiquer des chiffres, qui s’apparente à un plan social déguisé ;

  • et une absence totale d’information des agent·es concernés, ce qui constitue un profond manque de respect.

Il est également choquant de voir que des décisions d’une telle ampleur sont annoncées en plénière, pour la plupart des territoires, juste avant les congés des enseignant·es, principaux·ales concerné·es. Une telle méthode est non seulement brutale, mais profondément lâche, surtout lorsqu’elle est portée par des managers incapables de justifier clairement les décisions prises.

Dans le même temps, ces mêmes managers, jouant sur les mots, se permettent d’affirmer que ne pas renouveler des CDD ne constitue pas une suppression de postes.

Une telle affirmation en dit long sur le mépris affiché à l’égard des agent·es en CDD, qui représentent pourtant plus de 30 % des effectifs, mais aussi sur le peu de considération pour les collègues concerné·es, qui, eux, ne seront tout simplement plus là à la rentrée.

Depuis des années, les conditions de travail se dégradent : matériel vieillissant, désorganisation, injonction permanente à faire plus avec moins, remplacement non effectué des départs…

Individuellement, chacun trouve des solutions pour sauver les meubles. Mais collectivement, nous sommes en train de nous habituer à ces dysfonctionnements et à leur aggravation, comme des grenouilles dans une eau qui chauffe lentement jusqu’à ébullition.

Depuis plusieurs années, les professeur·es sont particulièrement ciblés par ces politiques d’optimisation. Leur charge de travail ne cesse d’augmenter : multiplication des tâches, adaptations permanentes, missions supplémentaires… autant d’exigences qui ne sont ni comptabilisées ni reconnues, et encore moins compensées financièrement.

Cette accumulation progressive, invisible dans les tableaux mais bien réelle dans le quotidien des agent·es, contribue à une dégradation continue des conditions de travail et à une perte de sens du métier.

L’heure de choisir : subir ou agir ?

À ce stade, nous interpellons directement les élu·es artisan·es. Vous êtes les décideur·euses. Vous êtes censés représenter les artisan·es et défendre leurs intérêts.

Est-ce réellement ainsi que vous souhaitez que vos apprenti·es soient formés ? Pensez-vous que des ateliers surchargés, des moyens réduits et des formations dégradées correspondent aux attentes de vos ressortissant·es ? Est-ce cela que les artisan·es demandent ? N’êtes-vous pas, au contraire, en train de trahir les artisan·es que vous représentez ?

Et surtout : quand allez-vous réagir ?

Face à cela, une question se pose aussi en interne : que penser de ceux qui mettent en œuvre ces décisions ? Et que penser de ceux qui, en ayant conscience des conséquences, choisissent de se taire ? Laisser faire, n’est-ce pas déjà collaborer ?

Aujourd’hui, tout donne le sentiment d’une direction qui navigue à vue, sans cap clair, et qui semble avoir choisi d’emmener son navire droit vers le naufrage.

Le SNCA-CGT, s’il ne se permet pas de qualifier ces orientations de profondément stupides, s’interroge néanmoins très sérieusement sur leur cohérence, leur rationalité et leur finalité.

Nous refusons de voir nos métiers dévalorisés, nos formations dégradées et nos établissements sacrifiés.
Nous refusons que l’apprentissage devienne une variable d’ajustement budgétaire.

Nous appelons l’ensemble des personnels à ne pas rester spectateur·rices de cette dérive, à ne pas collaborer.

  • Combien de plans sociaux allons-nous laisser passer ?

  • Combien de collègues allons-nous laisser se faire évincer sans réagir ?

À destination des artisan·es, des managers et des collègues : ne rien faire serait lâche. Ne rien dire, c’est cautionner.

Il est encore temps de refuser cette logique et de se mobiliser pour défendre :

  • la qualité de nos formations,

  • le respect de nos métiers,

  • les postes de professeur·es menacés,

  • et l’avenir même de nos établissements.

Former en apprentissage, cela mérite des moyens, du respect et une vision.

 

 

*Le montant forfaitaire versé pour financer une formation en apprentissage, par apprenti et par an (ou au prorata de la durée du contrat).

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