Depuis plusieurs mois, la gestion de l’examen du T3P connaît des dysfonctionnements graves sur l’ensemble du territoire. Cette situation n’est pas un simple incident technique : elle met en cause la dernière mission régalienne confiée par l’État aux chambres de métiers et de l’artisanat, fragilise les personnels, pénalise les artisans taxis et interroge l’avenir même des CMA en tant qu’établissements publics. Le SNCA-CGT fait le point et lance l’alerte.
La dernière mission régalienne des CMA en danger
Les chambres de métiers et de l’artisanat ont été créées pour répondre à un besoin clair : garantir un service public à l’artisanat, pensé par et pour les artisans, sur l’ensemble du territoire. Leur légitimité repose sur des missions d’intérêt général, exercées dans un cadre public, au service des professions artisanales.
Parmi ces professions, les artisans taxis occupent une place particulière. Profession réglementée, indispensable à la mobilité des populations, ils entretiennent historiquement un lien étroit avec les CMA, notamment à travers la formation, l’examen et l’accès à la profession. L’organisation de l’examen du T3P constitue aujourd’hui la dernière mission régalienne confiée par l’État aux CMA. Elle engage directement leur crédibilité et leur raison d’être.
Or, cette mission est aujourd’hui gravement compromise.
Depuis novembre 2025, le changement de prestataire de la plateforme nationale d’inscription à l’examen T3P provoque une crise d’ampleur nationale. Dysfonctionnements techniques, instabilité chronique de l’outil, absence de formation des agent·e·s, réinscriptions impossibles : l’ensemble du réseau des CMA est touché. Les candidat·e·s voient leurs projets professionnels suspendus, les organismes de formation sont laissés dans l’incertitude, et les personnels des CMA se retrouvent exposés à une pression constante, sans moyens ni réponses fiables à apporter.
Une crise née de choix politiques
Cette situation n’est pas un accident. Elle est le produit de choix de gestion précis, opérés dans un contexte de restrictions budgétaires permanentes. Le changement de prestataire, manifestement mal préparé, s’est fait au détriment de la continuité du service public. Les économies recherchées se paient aujourd’hui en coûts humains, organisationnels et financiers, bien supérieurs aux gains annoncés.
Plus inquiétant encore, cette crise révèle une dilution inacceptable des responsabilités. CMA France, le prestataire et le ministère de tutelle se renvoient la balle, tandis que les agent·e·s encaissent la colère légitime des usager·e·s et que les artisans taxis ont le sentiment d’un abandon pur et simple. Cette opacité alimente la défiance et discrédite durablement les CMA aux yeux de celles et ceux qu’elles sont censées servir et représenter.
Les risques psychosociaux sont désormais avérés. Pression permanente, surcharge de travail, impossibilité de faire correctement son métier : les personnels sont mis en difficulté par des décisions qu’ils n’ont ni choisies ni pilotées. Cette situation est indigne d’un établissement public.
Le retard accumulé menace désormais la tenue des prochaines sessions d’examen. Les préfectures elles-mêmes alertent sur l’absence de transmission des données. Autrement dit, c’est l’ensemble de la chaîne institutionnelle qui se grippe.
Face à cette réalité, une question centrale se pose : en fragilisant à ce point la dernière mission régalienne confiée aux CMA, CMA France ne contribue-t-elle pas à organiser elle-même le discrédit et le démantèlement du réseau consulaire ? À force de sous-investissement, de pilotage technocratique déconnecté des réalités de terrain et de logique comptable à courte vue, c’est l’existence même des CMA en tant qu’établissements publics qui est menacée.
Des personnels en première ligne
Le SNCA-CGT refuse que les personnels servent de variable d’ajustement et que les artisans soient les victimes collatérales de choix de gestion irresponsables. Nous exigeons la sécurisation immédiate de l’outil, un accompagnement réel des agent·e·s, une transparence totale sur les responsabilités, un audit indépendant et des garanties durables pour l’avenir.
Les CMA n’ont de sens que si elles remplissent leurs missions de service public. Les affaiblir, c’est préparer leur disparition. Le SNCA-CGT restera pleinement mobilisé pour défendre les personnels, les artisans et l’avenir du service public consulaire.






