En plein été, alors que les salarié·es des CMA profitaient de congés payés bien mérités attendant l’importante augmentation de 10 centimes gracieusement concédée par leurs élus – de quoi se payer… pas grand-chose – la ministre en charge du commerce et de l’artisanat a adressé un ultimatum aux deux têtes de réseaux : CCI France et CMA France.
Le sujet de cette injonction ? Travailler à la « préfiguration des réseaux de demain » et à un possible « rapprochement des structures ». En résumé : la mort des CMA et des CCI invitées à se faire « seppuku » ou « hara-kiri » au nom de l’austérité.
Si, pour les plus ancien·nes d’entre nous, cette idée de fusion fait figure de serpent de mer, il semble bien aujourd’hui – et face aux nombreuses fusions d’agences gouvernementales depuis l’arrivée de Macron à l’Elysée – que le danger est réel.
Le SNCA-CGT s’oppose radicalement à ce projet sacrificiel en termes d’emploi et de services rendus à nos ressortissant·es et nos jeunes apprenti·es.
Pourquoi ?
1. Des missions et des publics fondamentalement différents
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Les CCI et les CMA ne s’adressent pas aux mêmes types d’entreprises :
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Les CCI représentent le commerce, l’industrie et les services.
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Les CMA représentent l’artisanat, un tissu économique à la fois plus diffus, de plus petite taille, souvent localisé en milieu rural.
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Les besoins, les accompagnements et les logiques économiques diffèrent profondément entre une TPE artisanale et une PME industrielle ou commerciale.
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Fusionner ces deux réseaux reviendrait à nier cette diversité, au risque de fragiliser l’accompagnement de certaines entreprises, notamment les plus petites.
2. Des structures et organisations incompatibles
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Depuis 2021, les CMA sont régionalisées, alors que les CCI restent structurées par département : cela rend les fusions techniquement complexes et peu homogènes selon les territoires.
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Les deux réseaux ont des cultures administratives différentes, des logiques de gouvernance distinctes, et des niveaux de mutualisation très variables.
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Le risque est de créer une usine à gaz administrative, où chacun cherche sa place, au détriment du service rendu aux entreprises.
3. Un calendrier précipité et irréaliste
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Le courrier ministériel daté du 31 juillet 2025 impose une note de préfiguration en moins d’un mois, en plein été.
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Ce manque de concertation et de temps ne permet pas d’analyser sérieusement les impacts d’une telle réforme notamment en termes d’emplois.
4. Un flou persistant sur les objectifs réels
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Le gouvernement parle officiellement de « rapprochement » et de « mutualisation », mais laisse clairement entrevoir l’objectif d’une fusion à moyen terme, sans jamais l’assumer.
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Ce flou alimente l’incertitude et la méfiance.
5. Une réforme dictée par la seule logique budgétaire
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Le principal objectif du rapprochement est clairement affiché : faire des économies pour l’État.
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Or, les réseaux consulaires ont déjà subi de lourdes ponctions budgétaires : par exemple, 100 millions d’euros prélevés sur les fonds de roulement des CCI sur 3 ans.
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Pousser à la fusion pour réaliser des économies supplémentaires risque de mettre en péril la capacité des chambres à remplir leurs missions, en particulier en matière de formation, d’appui aux entreprises et de gestion d’équipements publics.
6. Un risque de dilution de la représentation économique des territoires
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Les chambres sont des acteurs de proximité, ancrés dans leurs territoires, à l’écoute des besoins des entreprises locales.
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Une fusion risquerait de centraliser les décisions, d’éloigner les centres de décision des acteurs économiques de terrain, et de faire disparaître des identités fortes, construites au fil du temps.
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La représentation des entreprises pourrait être affaiblie dans un système où les spécificités locales ne sont plus prises en compte.
7. Un danger systémique : vers la suppression pure et simple des deux réseaux ?
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Certains observateurs évoquent la possibilité que l’État, sous contrainte budgétaire, décide à terme de supprimer purement et simplement les deux structures, au profit d’une administration unique.
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La fusion pourrait être une étape intermédiaire vers une recentralisation, qui ferait perdre toute autonomie aux acteurs économiques représentés par les chambres.
Pour le moment, le Président de CCI France a largement soutenu ce projet.
Bien entendu, une fusion-acquisition est toujours synonyme de casse sociale. C’est inéluctable.
Il s’agira de suppressions de postes et de disparition du statut du personnel au profit de contrats de travail de droit privé et de précarisation des salarié·es.
Le statut du personnel n’existe pratiquement plus dans les CCI, la majorité des contrats sont des CDD ou CDI de droit privé avec tout ce que cela comporte de fragilité pour les salarié·es dans le lien de subordination qu’ils et elles ont avec leur employeur.
Conclusion : une fusion risquée et contre-productive
La fusion des CCI et CMA, sous couvert de rationalisation, porte en réalité un risque majeur de désorganisation, de perte d’efficacité et d’effacement de la représentation économique de proximité.
Elle répond à une logique essentiellement budgétaire, sans tenir compte de la réalité du terrain ni des besoins des entreprises.
Une fusion généralisée serait une erreur stratégique aux conséquences durables.
Les salarié·es des CCI et des CMA seraient les premières victimes d’un tel projet.
A l’heure où nous écrivons, nous n’avons aucune information précise sur la copie qui a été remise – ou non – par les têtes de réseau à la Ministre démissionnaire.
Compte tenu de la nomination du très droitier Sébastien Le Cornu à Matignon et quel que soit le nom de celle ou celui qui reprendra le maroquin du commerce et de l’artisanat, le sujet va revenir très vite sur le bureau du président Fourny.
C’est pourquoi nous invitons tous les collègues à se mobiliser lors des grèves annoncées afin de montrer leur détermination à sauver leurs emplois.






