Pendant que les agent·es des CMA défendaient leur pouvoir d’achat, le président de CMA France, Joël Fourny, était en Polynésie française. À la table des négociations, aucune revalorisation salariale n’a été proposée. Face à ce refus, les quatre organisations syndicales ont quitté ensemble la séance. Une unité qui en dit long sur l’impasse de cette négociation.
Un président absent, des agent·es méprisé·es
Le 8 octobre, les représentant·es du personnel se retrouvaient en CPN56 pour négocier les salaires des agent·es des Chambres de métiers et de l’artisanat. Joël Fourny, président de CMA France, était absent, occupé par les Journées de l’entrepreneur·e, organisées du 7 au 9 octobre au Hilton Hotel Tahiti.
Beau symbole : les revendications salariales des agent·es comptaient donc moins qu’un événement à des milliers de kilomètres, sur un territoire… où il n’y a pas de CMA. Mais un bel hôtel Hilton.
À la table des négociations, les représentants des employeurs n’ont pas davantage montré qu’ils mesuraient l’urgence sociale. Sans doute auraient-ils eux aussi préféré la Polynésie.
Vingt ans que les mêmes arguments justifient l’immobilisme
Pour refuser les augmentations, les employeurs nous ont resservi les mêmes arguments, ad nauseam : certaines entreprises artisanales sont en difficulté, certains chefs d’entreprise ne pourraient plus se verser de salaire… et pourquoi augmenter les agent·es des CMA dans ces conditions ?
Faut-il vraiment rappeler que les difficultés de certains ressortissants ne justifient pas la perte de pouvoir d’achat des personnels du service public chargé de les accompagner ?
Ce raisonnement révèle une conception inquiétante de nos établissements : certains présidents voient les CMA comme une charge, plutôt que comme un outil collectif au service du développement de l’artisanat.
On aimerait voir comment nos vaillants élus assumeraient seuls la formation des apprenti·es, l’accompagnement des créations et reprises d’entreprises, le conseil aux artisan·es et toutes les missions du réseau. En 2024, les agent·es ont accompagné près de 96 000 porteur·euses de projets, soit 191 % de l’objectif fixé par l’État. Voilà la réalité de leur engagement.
Les élu·es semblent pourtant moins rigoureux lorsqu’il s’agit de leurs propres frais : selon les chiffres que nous avons compilés, ceux-ci ont augmenté de plus de 34 % depuis le début du mandat. Une évolution qui mérite des explications, alors que les agent·es se voient opposer la prudence budgétaire.
Certains élus paraissent aussi bien éloignés de la réalité des rémunérations. Lors d’une assemblée générale, l’un d’eux, dénonçant le manque de considération envers les élus, a affirmé qu’un·e agent·e était payé… 500 € par jour !
On en rirait bien, mais au SNCA-CGT, nos lèvres ont fini par gercer. En tenant compte de l’inflation, le pouvoir d’achat réel des agent·es a reculé d’environ 16 % depuis 2011. C’est cette réalité que les employeurs auraient dû regarder en face.
Le SNCA-CGT, lui, n’a pas mâché ses mots. Dans son liminaire à la CPN56 du 8 octobre 2026, notre organisation a interpellé directement les présidents : à quoi bon accumuler des réserves si elles finissent par fournir à l’État de nouveaux arguments pour ponctionner le réseau ? Pendant que les agent·es s’appauvrissent, les ressources qu’ils produisent risquent de servir à compenser le désengagement de l’État, plutôt qu’à financer un service public de qualité et à rémunérer dignement celles et ceux qui le font vivre.
Les ressources existent. Pourquoi ne pas les investir dans les salaires ?
Les employeurs invoquent la prudence, sans présenter de vision claire des marges de manœuvre et des perspectives financières du réseau.
Pourtant, les CMA ne sont pas condamnées à la pénurie. Les évolutions des niveaux de prise en charge de l’apprentissage ouvrent des perspectives de recettes supplémentaires pour de nombreuses formations.
Constituer des réserves sans reconnaître le travail des agent·es ne garantit pas que cet argent restera dans le réseau. Ces marges pourraient au contraire devenir un argument pour de nouvelles ponctions de l’État.
Les présidents des CMA devraient défendre l’argent versé par leurs ressortissants pour financer un service public efficace, plutôt que laisser l’appauvrissement des personnels et les restrictions budgétaires devenir la norme.
Le 3 novembre, faisons-nous entendre !
Au fil de la séance, une chose est devenue évidente : aucune proposition salariale n’a été mise sur la table. Face à ce refus, les quatre organisations syndicales représentatives — CGT, CFDT, CFE-CGC et FO — ont décidé de quitter ensemble la salle.
Le signal est clair : la négociation ne peut pas se poursuivre comme si de rien n’était. Le SNCA-CGT revendique un point à 6 € et 30 points supplémentaires pour tous les agent·es. Les employeurs doivent sortir de leur immobilisme et prendre leurs responsabilités.
Le 3 novembre, nous appelons les agent·es à une mobilisation massive devant toutes les CMA. Par notre nombre et notre détermination, nous devons contraindre les élus à agir et obliger nos tutelles à reconnaître enfin l’importance de nos missions et la qualité du travail accompli chaque jour.
Nous avons tenu le réseau malgré les réformes, les restructurations et les restrictions budgétaires.
Le 3 novembre, montrons que nous ne laisserons pas notre engagement servir de prétexte à l’immobilisme salarial.
Pour nos salaires, pour ns conditions de travail, pour le service public de l’artisanat : toutes et tous mobilisé·es !







